02/10/2006

Suivi d’un seul moutard qu'il aimait entre tous

victor-hugo-200x355Je n’ai pas de mémoire et donc pas de souvenirs de mon enfance. Ou plutôt des plans tellement calamiteux que je préfère éluder.

Je t’écris à toi, Joseph, parce que ton allusion à Victor Hugo exhale pour moi aussi des relents d’enfance. Un fragment heureux, cette fois.

Il y a quelques semaines, j’ai croisé une personne que j’ai cotoyée quand j’étais enfant, à l‘internat.

Elle s’appelait Orlandina. Comme ça faisait très longtemps, je lui ai demandé si c’était bien elle. En guise d’acquiescement, elle s’est tournée vers ses filles et leur a dit : « voilà le personnage dont je vous ai si souvent conté les hauts faits ». Elle m’a alors rappelé que quand j’avais une douzaine d’années, je donnais des petits spectacles dans la cour de récré. « Après la Bataille » était mon show le plus réputé. Je faisais ça avec Michèle, une fille avec qui j’ai noué ma première amitié.

Au contact de Michèle, j’ai éprouvé une sensation neuve dans la poitrine. Je me suis demandé si ce n’était pas de l’amour, (des fois…)

A partir de là, je me suis mise à évaluer ce que j’avais vécu quand j’étais petite. Jusqu’alors, je considérais tout ça comme allant de soi. Alice Miller a mis ce genre de mécanisme en lumière dans ses ouvrages consacrés à la pédagogie noire.

Je n’étais la belle amour de personne. On n’a pas orienté l’objectif vers moi : ni flou, ni profondeur de champ, ni mauvais cadrage, rien. D’ailleurs, il existe très peu de photos de mon enfance. Suite à ce constat, pendant de longues années, j’ai été encline à me poser en victime. Mais à entendre les récits d’enfance d’autres personnes, proches ou lointaines, j’ai fini par conclure qu’il vaut peut-être mieux ne pas vivre en famille que d’y connaître l’horreur.

(nb : aucune allusion à toi, Joseph).

Ma mère dit que je suis rancunière et sans cœur.

Ca a quelque chose de vrai. Un cœur simple et pas de cœur, c’est presque pareil.

Quand on n’a pas appris comment ça marche, on croit être frappée par la lumière divine dès qu’un perroquet taxidermé darde son regard vert dans votre direction. Mais bon…c’est peut-être aussi ça, la félicité. Et c’est peut-être pour ça que j’aime Flaubert.

 

Réponse à "ce héros au regard si flou"

 

(photo de Victor Hugo)

21:20 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas |  Facebook |

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