04/10/2006

Johan Muyle! YO! (journal brolique 2)

Un texte de Alain de Wasseige datant de 2004(…)petales goutte

 

Le 9 décembre dernier, la région de Bruxelles Capitale inaugurait, à la station d'autobus (deux doubles voies routières séparées par un hall vitré) de la Gare du Nord, une oeuvre monumentale de Johan Muyle.

 

“I promise you('r) a miracle”, est une peinture murale géante, 1 600 m2, offerte au regard des voyageurs. Qu'ils attendent leur bus, en descendent ou prolongent leur trajet dans un sens ou dans un autre, ils sont inévitablement confrontés à cette oeuvre avant tout visuelle (c'est de la peinture, mais comme souvent chez Johan Muyle, la peinture pleure, les yeux des personnages s'ouvrent et se ferment, un léger rideau de pluie voile le regard), mais aussi sonore (régulièrement, sur le ton des informations données aux voyageurs, le titre de l'oeuvre est décliné en plusieurs langues). L'attente des voyageurs est donc sollicitée par l'image. Ils sont surpris par le son et par le mouvement autant que par des fontaines pour le moins inattendue en ces lieux. Logique, puisqu'on nous promettait un miracle.Le miracle c'est cette énergie douce émanant de ce travail somptueux, qui se déroule en noir et blanc d'abord, en couleur ensuite, gigantesque portrait de la famille élective de Johan Muyle, quarante cinq artistes francophones et flamands, plasticiens, photographes, musiciens, chanteurs, cinéastes, chorégraphes, danseurs, dramaturges, metteurs en scène, comédiens, stylistes et écrivains.

 

Non content de proposer l'art dans la ville, Muyle saute sur l'occasion qui lui est donnée pour affirmer la place des artistes dans une société qui les reconnaît trop peu. Il nous les donne à voir en regroupements facétieux, toutes disciplines, sexes et régimes linguistiques confondus. Thierry Zéno, le cinéaste, s'apprête au « clap « mais Jean Pierre Verheggen glisse sa tête entre les deux mains du metteur en scène. D'autres, peintres pour la plupart, rejouent à leur manière la parabole des aveugles ou telle décollation d'un martyr question d'être à la fois ironique et lucide quant à la trajectoire qui relie historiquement et symboliquement les artistes d'aujourd'hui à leurs grands prédécesseurs.Mais c'est sur un fond champêtre fait de coquelicots géants d'un côté et de blés d'or tout aussi géants de l'autre, donc sur une terre de fête et de fertilité créative que Muyle a réuni « ses » artistes dans une gigantesque mise en scène, on pourrait dire une procession gestuée, les artistes, tous en plan américain, comme dans la culture de l'information télévisuelle, s'amusant à être là, parodiant leur fonction, levant les yeux au ciel ou mâchonnant l'épi d'or.Il a fallu trois ans à Johan Muyle pour venir à bout de cette procession artistico laïque.

 

Parti de photographies des artistes jouant, avec distance, leur propre rôle, Johan Muyle a procédé à des collages et détours progressifs qui lui ont permis de scénariser son rassemblement fictif (chacun a été photographié chez lui). Refusant l'inévitable monotonie à laquelle aurait conduit une peinture sans relief, Muyle a rythmé son oeuvre de panneaux venant en léger décalage par rapport à la continuité des huit grandes surfaces traitées. Cette gigantesque peinture tantôt murale, tantôt sur panneau, est traitée en couches successives, à l'huile industrielle, ce qui lui confère ce côté somptueux et « à l'ancienne » pour évoquer les artistes d'aujourd'hui ainsi insérés dans la plus haute tradition.

 

Ce qui fascine encore c'est le côté entrepreneurial de cet artiste concepteur, metteur en scène, metteur en onde et sourcier à même de réunir, gérer et conduire une équipe d'une trentaine de collaborateurs et d'assistants techniques pendant près de trois ans. Dans une Communauté française ou règne l'inexistence d'une politique de production dans le champ des arts plastiques, cela méritait d'être rappelé. Tout comme il faut rappeler l'ampleur des moyens consentis par la Région de Bruxelles Capitale pour des interventions artistiques liées aux infrastructures de déplacement dont les seuls budgets dépassent, largement, les moyens consentis par la Communauté française en faveur des arts plastiques, toutes disciplines et interventions confondues...

 

Une image ici (les miennes plus tard) : http://www.wimmertens.be/web/wmertens/docs/gallery/misc_others.html

18:17 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, idoles |  Facebook |

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