31/10/2006

Everybody says "help"

Halloween, c’est l’occasion de semer en roue libre…Wes Craven n’est pas le seul à avoir exhumé « le Cri » de Munch.La marque Spa, fidèle sur d’autres points, l’avait fait avant lui.« Scream », c’est le visage. « Spa », ce sont les teintes, la présence de l’eau, et le même désespoir. Dans le tableau de Munch, l’onde qui parcourt l’ensemble du tableau traduit l’idée que c’est le monde entier métaphorisé par le paysage qui pousse le cri. La même onde secoue le costume du pierrot. C’est la douleur d’exister dont il est question.Pierrot crie

Quand j’étais enfant, sur la tablette de la cheminée, à droite, se trouvait un thermomètre de la marque « Spa », un thermomètre dont le bleu intense me réjouissait, avec son pierrot rouge vif. Juste devant, trônait un grand pot de Nivea. Grand pour mes petites mains. La cheminée, c’était le fief de mon grand père. Le matin, il descendait, se mettait devant la cheminée, les deux mains posées sur la tablette. Il se regardait dans le grand miroir. Puis, il prenait le grand thermomètre Spa. Un joyeux filet rouge indiquait la température. Il faisait toujours bon.

Mon grand-père se rasait devant la cheminée. Avec un blaireau, un stick de savon qui sentait l’eau de Cologne. Puis il se mettait de la Nivea. Le bleu de la boite de Nivea ressemblait au bleu du thermomètre Spa.

Petite, je n’ai jamais vu le Pierrot de près : la vision de ce fabuleux outremer et de ce rouge écarlate me suffisait.

Je regarde le Pierrot. Il ne paraît pas réjoui du tout. Son visage est blême. Il est même verdâtre. Vert de quoi ? Pour certains, le vert est la couleur de l’espoir, pour d’autres, celle du courage. On dit aussi "vert de rage". Il est interdit. Il vit un drame. Il est figé dans la posture d’un drame qui ne s’arrêtera pas. Il a quelque chose d’expressionniste dans le visage. L’eau, l’onde, ce bleu, ce rouge, dans ses nuances, ce sont des éléments que l’on retrouve dans le Cri de Munch. Le cri du pierrot est muet. Le pierrot a des oreilles. S’il se cachait les oreilles, comme le personnage de Munch, il ne pourrait pas contenir le flot. Or, il est là pour ça. Sa bouche mime : « hou ! ». La bouche du personnage de Munch mime « en » et, peut-être, muse-t-il. « hou ! Je n’y parviendrai pas » semble penser Pierrot. C’est clair…la pression est trop forte ; il n’est pas en mesure de contenir le flot. En dessous, il y a aussi le thermomètre. Le flot et la température, c’est trop de pression pour Pierrot. C’est pour ça qu’elle a regardé ailleurs. Et c’est pour ça qu’il se tait. Ce qui se débonde, c’est son désir à elle. Son désir dont il ne viendra pas à bout parce que l’enfant est là. Danielle, rose rouge comme chez Grimm. Rouge, ça claque comme un drapeau. Ca parade militairement et tout le monde pense. Qu’est-ce qu’ils pensent ?

Mon grand-père parlait peu, et jamais à ma grand-mère.

Je ne m’en rendais pas compte. Je ne me suis jamais demandé pourquoi.

Elle me mandatait près de lui : « demande-lui une petite paie ».

Il donnait. Je retournais donner l’argent.

Jamais je ne les ai vu parler.

Dans la famille de mon père, c’était pareil.

Bien après sa mort à elle, il disait qu’elle l’avait choisi entre plein de gars.Elle plaisait beaucoup. Mais c’était lui qu’elle avait choisi. Elle disait qu’il dansait bien.

C’est à l’age adulte que j’ai appris que Danielle était l’enfant d’un autre.

Dans la famille de mon père, c’était pareil.

Voilà comment j’ai grandi dans le silence.

Voilà comment le monde crie en silence.

scream

19:39 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas, je seme donc j entends, peinture |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.