16/11/2006

Coming out

Di Marco1Bizarre comme, sans téloche, sans jamais lire une ligne de la presse à sensation ni des magazine pipole, on peut tout de même connaitre les moeurs sexuelles des gens. C'est fascinant de constater combien une activité aussi commune peut focaliser l'intérêt du monde au point de vous parvenir sans même que vous tendiez l'oreille...Etienne Daho vient de faire un coming out d'un autre intérêt, me semble-t-il...

 

VOTRE CHANSON DUEL AU SOLEIL EST DEVENUE, AVEC LE TEMPS, UNE METAPHORE DE VOTRE RAPPORT A LA TERRE NATALE, MAIS AUSSI A VOTRE PERE, QUI PORTE LE MEME PRENOM QUE VOUS...

 

Les chansons prennent souvent sens après avoir été écrites. En 1991, alors que mon album Paris ailleurs marchait très bien, mon père est mort. Sur le moment, je n'ai pas su affronter ce décès. Je l'ai mis dans un carton en pensant: « On verra ça plus tard. » Et ça m'a explosé à la figure. J'ai réalisé que je m'étais entièrement construit, tant bien que mal, sans mon père. Ce type qui était juste un repère un peu vague que je ne voulais pas revoir - j'avais des griefs justifiés - n'était plus. J'ai pris conscience que cette absence était définitive. Ça a été terrible.

 

IL VOUS AVAIT ABANDONNE?

 

Oui. Mon père était militaire, mais aussi un musicien qui aimait faire la fête et avait les moyens de le faire. Rentier, il n'a jamais vraiment travaillé. De loin, cela peut sembler sympathique. Mais j'ai toujours refusé ce qu'il était. Je me souviens précisément du moment où il nous a laissés, en Algérie. Il est arrivé en Jeep, avec un autre militaire. Il m'a pris dans ses bras, m'a serré très fort, et il est parti. En trombe. J'ai su qu'il nous avait quittés pour de bon parce que après nous étions coincés en Algérie, avec ma mère et mes soeurs. Sans l'autorisation du père, on ne pouvait quitter le territoire. C'était la guerre, on a failli mourir plusieurs fois. Petit, je fuguais beaucoup. Ma mère devait travailler et angoissait de ne plus pouvoir me surveiller. Je me suis donc retrouvé en pension, à 4 ans, à l'écart d'Oran. Ça me protégeait. Deux ou trois ans plus tard, nous sommes venus en France, à Reims, puis à Rennes. Et je n'ai revu mon père que bien des années après. Il a réapparu un soir dans les coulisses de l'Olympia... Je n'ai pas voulu le voir. J'avais mis suffisamment de temps pour oublier, je n'avais pas envie de vaciller à nouveau. Etienne Daho junior était devenu Etienne Daho et je me voyais comme quelqu'un de neuf, sans histoire.

 

VOUS AVEZ GRANDI DANS QUEL UNIVERS?

 

Avec ma mère et mes soeurs aînées, nous habitions une cité. On n'avait pas de voiture, pas de téléphone, rien du tout. Une vie très spartiate, à l'opposé de l'image qui me colle à la peau, celle d'un petit bourge, un peu BCBG. Dans ma famille, on n'était pas très intéressé par la culture. En arrivant à Rennes, mes résultats scolaires étaient déplorables. Une de mes tantes, très sévère, m'a alors pris en main, m'a appris à réfléchir. Chez elle, j'ai découvert le cinéma, les livres et, surtout, la musique.

 

Un fragment d'interview d'Etienne Daho par Hugo Cassavetti dans le Telerama du 8 nov O6

 

L'illu est de Di Marco qui illustrait la revue "Detective" dans laquelle j'ai pratiquement appris à lire...

00:03 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pulp blog |  Facebook |

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