28/11/2006

La plus belle

amandinec’est Amandine, non parce qu’elle est ma sardine mais parce qu’elle grandit. Elle prend du caractère, s’aime, devient radicale, inspire sympathie et respect, est capable de se faire plaisir. Et c’est ce que je veux pour elle.

 

J’ai souvent entendu dire : « l’œuvre d’une femme ce sont ses enfants ». Ca servait à justifier tout et rien : qu’il est normal qu’un gars se consacre à son boulot parce que , lui, n’engendre pas, que ce n’est pas grave si je n’écris pas parce que mes enfants sont la trace incarnée de mon existence. Dans le genre cliché à deux sous…

 

Plein de choses restent tues. Plein de femmes sont confrontées à plein de premières fois très moches sans qu’on ait amorcé l’ébauche d’une mise en garde. Récemment, une dame m’a dit avoir reproché à sa mère de ne pas l’avoir prévenue quant à la douleur de l’accouchement. Sa mère a répondu : « si je t’avais prévenue, tu n’aurais pas fait d’enfant ». Certains accouchements sont effroyablement douloureux, laissent la mère gravement meurtrie physiquement, en dépression, nourrissant parfois des idées de meurtre. Ca ne se dit pas. Certains bébés naissent très mal en point, et pour les pires cas, c’est une litote. Ca ne se dit pas non plus. Et puis, ce qu’on se garde bien de dire aux filles qui en rêvent, c’est qu’un bébé n’est pas une poupée rose qu’on pouponne : c’est « quelque chose » du genre « petit animal » – parfois très moche - uniquement mu par des réalités organiques (avoir faim, souffrir), qui exprime tous ses besoins de la même manière : crier, pleurer (tiens, ce binôme-là, Perec ne l’a pas décliné). Et pour édifier la sémiotique des cris du nourrisson c’est déjà toute une entreprise….qui a royalement pris deux mois à ma copine Isabelle dont l’enfant est pourtant d’une placidité singulière.

 

C’est un mythe de croire qu’un enfant est l’œuvre de ses parents. On ne le façonne pas à sa guise : tout BB, il affirme une personnalité autonome, affiche des préférences et des affinités dont l’adulte n’a d’autre choix que de s’accommoder. Et c’est une illusion de croire que l’amour aide parce qu’il n’est pas toujours au rendez-vous. On l’a à présent suffisamment souligné : l’amour est un fait culturel, nullement une « évidence ». (ah ! le monde merveilleux des évidences… !)

 

L’enfant est souvent un expert ès ronchonnements et un grand manipulateur qui sait trop bien comment culpabiliser l’adulte et inspire le sentiment d’être un mauvais parent.

 

Aujourd’hui, Amandine dit : « tu m’as bien éduquée : j’ai des valeurs, je suis économe, je me soucie du confort des autres, etc ». Et Benjamin dit : « C’était un bon plan de ne pas tout nous accorder : on a appris à désirer ». Au cours de leur enfance, leurs récriminations constantes m’ont pourtant ancrée dans la conviction d’être une mauvaise mère…

19:50 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : miss millky way |  Facebook |

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