07/12/2006

Desiree Dolron

Elle est folle, cette fille! Eh oui ! Elle doit en avoir passé des heures et des jours pour atteindre un résultat d’une qualité pareille.

 

Dolron XteriorsJ’aime bien cette ascèse qui consiste à se dissoudre dans son geste jusqu’à accéder à quelque chose de surréel – dans l’état où l’on se met (la transe….), et ce qui en résulte- J’aime qu’elle exalte à ce point ce fabuleux outil qu’est photoshop et transcende le coté technique pour accéder à une perfection céleste. J’aime cette démarche aux antipodes de l’effet Disneyland qui consiste à poser le geste pour lui-même, à dépasser les clivages stereotypés (art vs technique) pour creuser la voie d’un artisanat d’un nouveau genre. Elle travaille, cette fille, sans prétendre à la fulgurance du génie : ses productions ne sont pas seulement des visions.

 

Comme c’est beau ! Et il faut le voir de tout près pour jouir de cet effet de sidération qui fut ma seule réaction devant chacune des photos. Elles sont très grandes : entre 1m et 1,5m. Ca permet d’apprécier la pureté des lignes, le délicat travail sur la lumière, le modelé dans les zones sombres et l’effet de sfumato qui a été apporté à l’ensemble du travail. dolron2Desiree Dolron travaille avec un effet de brume qui evoque l’univers des symbolistes en littérature : la sérénité des ensembles laisse filtrer du malaise, une sensation de moiteur, de maladie qui évoque en filigrane les univers, par exemple, de Maeterlinck. Je vous propose de suivre le lien associé à cette image Regardez le velouté du travail sur la main située en bas à gauche, le plissé de l’étoffe dans la même zone ainsi que le modelé de la lumière sur le visage en haut à droite.

 

Cette série s’intitule « Xteriors ». Chronologiquement, c’est la plus récente et la plus aboutie techniquement. Un peu comme Loretta Lux, dont la notoriété a également explosé au tournant du XXIeme siècle, Desiree Dolron a développé son savoir-faire alors que photoshop accède à une somptueuse maturité. On n’insistera jamais assez sur le labeur que représente ce type de travail. Cédant aux clichés, un profane pourrait croire qu’il suffit d’appuyer sur deux touches et que le résultat est au rendez-vous. Il n’en est rien : de tels résultats sont le fruits d’un très long travail.Demachy Et en cela, elles rejoignent la démarche d’un Richard Demachy, chez de file des pictorialistes, au tournant du 20ème siècle (pour les Belges, « notre » pictorialiste, c’est Léonard Misonne), qui à l’époque où Eastman faisait réellement de la photographie une pratique de masse, a choisi de revenir à une approche artisanale de la photographie et a tenté de l’exalter en tant que pratique proprement artistique. Demachy a travaillé à la gomme bichromatée, une technique qui met en œuvre les outils du peintre – brosses et pigments – mais cela sur une surface photosensible, ce qui interdit de conclure qu’il s’agit d’un travail de peinture. Ici aussi, on a donc affaire à une virtuosité technique, « laborieuse » (puisque Demachy multipliait les « accidents » dans l’idée d’obtenir des effets fortuits) qui s’exerce à d’autres fins que pragmatiques. On constate également que l’univers de Demachy s’inscrit largement dans la veine symboliste laquelle se développe d’ailleurs à l’époque où Demachy a exercé son art.

 

Dolron - StudyPour en revenir à Desiree Dolron, dans la deuxième moitié des années ’90, elle a réalisé la série des « studies », des photos faites sous l’eau qui lui ont été inspirées de l’univers de la transe religieuse qu’elle a beaucoup exploré au cours de ses reportages. L’idée consistait à soumettre les sujets à la privation de stimulations externes. Il suffit de peu de temps en compagnie d’un plongeur pour savoir qu’en plongée, on apprécie particulièrement les sensations liées à «l’ivresse des profondeurs ». Celles-ci sont dues à un accroissement de la production de gaz carbonique qui induit une modification dans la chimie sanguine laquelle met la personne en état de transe. Il en résulte les photographies que vous verrez sur le site de Desiree Dolron. Des photos dont les teintes plus chaudes, quasi-organiques associées au flou et à la sinuosité que l’eau imprime aux mouvements évoque à nouveau, en filigrane les obsessions symbolistes dans des teintes proches de celles d'un Gustave Moreau.

 

Via ce lien, vous accéderez à des documents video. http://www.creativtv.net/v2/05/dolron.html

 

Les photographies de Desiree Dolron sont visibles à l’Institut Neerlandais, 171, rue de Lille (à 2 pas de l’Assemblée nationale) à Paris 7ème.

00:03 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions, idoles, photographie |  Facebook |

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