24/12/2006

Des comptes à vomir debout

pitta au vent(Cette drole de bande : ils ont oublié le ketchup, les calmars et la mitraillette !) Je vous avais annoncé pire que la Tour Eiffel pour Noel.…

 

Mais vous avez remarqué… »pire », si on ne précise pas « en quoi », ça ne signifie rien....Le hasard m’a fourni cette image. Je n’en suis pas l’auteur…C’est parce qu’elle me donne envie de gerber que je la trouve pire. Et puis, j’aurais eu le bon gout d’en accentuer les contrastes, de la mettre en noir et blanc, de surmonter le bazar d’un cougnou, d'en faire un ready-made, je sais pas moi ! En tout cas, je n’aurais pas photographié ce brol en éclairage zenithal (j’évite de dire « lumière zenithale » parce qu’articuler la suite de sons « RZ » ne comporte aucune difficulté alors que « GZ » vous amène forcément à assimiler le Z au G : c’est le phénomène phonétique très naturel de la gémination... Le résultat ("éclairage génital") converge tout de suite avec le coté surréaliste du nimbe autour de l'assiette qui donne un coté crypto-eucharistique à cette création. Au fond, chaque fois qu'un type se tape un tel plat, c'est un peu comme s'il communiait. Ca doit être ça le message de Noel de ce photographe trop humble pour signer.

 

Enfin...pour recentrer le propos… Barthes est dans mon circuit actuellement (avec les morts, on fait ce qu’on veut…) via son épigone, Alain Buisine. Donc, voici la minute philosophique du reveillon de Noel (je suppose que vous remarquez que je boycotte…). On a l’habitude de tenir la photo pour purement dénotative…alors qu’en négatif, en filigrane, elle transporte avec elle un bout du monde…Eh bin cette photo, je ne la possède pas pour ce qu’elle représente (c'est une partie d'une enseigne pour un pittaman, comme vous le devinez), ni même pour elle-même, mais pour le support sur laquelle elle figure : c’est un vinyle auto-collant translucide que m’a donné l’imprimeur en guise d’échantillon pour imaginer des délires. Si j’avais su que ça me poursuivrait jusqu’ici, j’aurais dit « non merci ».

 

Mais bon….en vérité, je devais vous la montrer : elle s’accorde trop bien avec la deuxième surprise de Noel qui est à gerber, elle aussi (je suis très conséquente, ce soir).

 

Je voulais vous offrir un conte philosophique de Noel dans le créneau Montesquieu, Voltaire, Swift, si vous voyez…Alors, j’ai choisi un fragment du livre de Didier Albin – « Charleroi, le séisme » qui vient de paraître chez Luc Pire. Vous y gagnez, je vous assure : en plus, c’est ubuesque. Et comme c’est le jour où on bâfre et que c’est l’une des destinations principales des détournements de fonds à Charleroi, ça tombe à point. Et puis, comme à Charleroi on paie une taxe sur les bow-windows, je vous invite à venir gerber de mon bow-window personnel. C'est-y pas la fête?

 

Voici l’extrait de Noel de Didier Albin. C’est mon fragment chouchou (sérieux…ça a vraiment le gout d’un conte philosophique…)

 

« Sur l'échiquier socialiste carolo les affaires n'en finissent pas de causer des dégâts. Dans cette brèche que viennent d'ouvrir les rénovateurs, Di Rupo place Eric Massin. Il est désigné pour reprendre la Fédération à titre intérimaire, pour six mois. À charge pour lui d'amorcer le rajeunissement des structures et des mentalités, d'incarner le changement de culture et de style politique, le passage de génération. Rénovateur proclamé mais prudent dans le verbe, il use des moyens de la diplomatie quand Colicis et Minsier emploient la dynamite pour faire changer les choses. Elles dénoncent les effets pervers de la génération Van Cau, dont les comportements ont commencé à rejaillir sur les jeunes : après l'exclusion de Denève de la liste provinciale en juin, c'est le cadet de la liste communale qui tombe au mois de septembre. " Un candidat idéal », observe le président de l'USC. Giuliano D'Antonio a tout pour séduire: un beau look et une incroyable maturité pour un garçon de dix-neuf ans; une expérience de la citoyenneté participative au conseil consultatif des jeunes qu'il a dirigé jusqu'en 2005, avant d'abandonner ses études; une capacité à débattre, à convaincre; un charme sous-jacent. En catastrophe, ses instances doivent l'écarter de la vingt-sixième place qu'il occupe. C'est dans la précipitation qu'ils lui trouvent un suppléant et convoquent tous les candidats pour accomplir les formalités de dépôt d'une nouvelle liste. Ils viennent de découvrir une incroyable série de frasques : usurpation de fonctions, utilisation illégale de logos officiels, dépenses inconsidérées en location de limousines, abus de confiance, faux et usage de faux... La rumeur n'en finit pas dans les cénacles socialistes de colporter les fariboles du jeune Giuliano. " Il se faisait passer pour un député federal suppléant de Di Rupo, disait être reçu à Laeken par les princes, s'inventait des conversations avec des représentants des plus hautes autorités du pays, roulait dans sa voiture avec chauffeur vers d'imaginaires rendez-vous. " C'est assez difficile à croire, mais les faits se confirment même si ceux qui l'ont côtoyé au conseil consultatif des jeunes ne le reconnaissent pas dans ce portrait de mythomane et mégalomane.

 

Que lui est-il arrivé? Giuliano ne le comprend pas lui-même. Il a été surpris du coup de fil brutal de Jacques Van Gompel le convoquant pour obtenir sa démission. Quelques heures plus tard, la ville dépose plainte contre lui. Il se défend d'avoir voulu tromper qui que ce soit. Il était en campagne et représentait ceux qui le lui avaient demandé, comme le bourgmestre ou Jean-Claude Van Cauwenberghe qu'il côtoyait dans les cercles mondains. Il se sentait de leur monde.

 

Didier Albin- Charleroi, le séismeLa dérive de Giuliano pourrait amener à remettre en question la pédagogie du projet de conseil consultatif des jeunes de Charleroi. Pendant deux ans, son mandat de président lui a permis d'expérimenter l'engagement au sens noble du terme : s'investir pour la cause communale; contribuer dans l'ombre à faire avancer modestement les choses. La découverte des moeurs politiques du monde adulte semble lui avoir fait perdre tout sens de la mesure. Giuliano s'est mis à mener grand train, comme pour s'aligner sur le rythme de vie des gens de pouvoir avec lesquels il salonnait.. C'était sa façon de reproduire, avec les outrances maladroites de son âge, sa vision des mandataires élevés au rang de potentats. Dans le strass et les paillettes, les limousines et les réceptions, Giuliano a oublié les devoirs de la fonction pour ne plus en garder à l'esprit que les plaisirs. Mais n'était-ce pas le spectacle que d'aucuns lui offraient lors de ses missions de représentation : l'étalement de signes ostensibles de pouvoir et d'argent, le prestige des titres ou de la popularité des noms. Par mimétisme, il est entré dans le système. Il s'est inventé un univers, anticipant ce qu'il voulait devenir : député ou ministre. Il a fait une ardoise de plus de 20 000 euros. Cette histoire est une fable qui ouvre les yeux sur des déviances. D'aucuns y percevront les prémisses d'une décadence. La fin d'une conception de la politique.

 

21:56 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas, je seme donc j entends |  Facebook |

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