29/12/2006

Vanitas….

bourgereauC’est un sujet d’Halloween alors que la date est passée. Mais les sujets arrivent parfois sans qu’on les attende…Et d’ailleurs, hier, c’était la Saints Innocents. Disons que c’est un sujet de Saints-Innocents.

 

Je ne connais pas toujours les destinataires de mes décors. Les clients oui, les destinataires pas toujours. Le cas le plus évident, ce sont les lieux publics…. Les toiles que je réalise actuellement, c’est encore plus particulier : c’est pour une entreprise de pompes funèbres. Je réalise trois décors pour des salons funéraires : le lieu où l’on expose le défunt pour permettre aux proches de rendre un dernier hommage.

 

C’est une entreprise familiale. Les patrons aussi bien que les employés sont tous également aimables et souriants.

 

Quand je suis allée visiter les lieux, le patron a tenu à me faire visiter l’ensemble de l’entreprise. Dans deux des salons un défunt était exposé. Ils ont eu l’amabilité de couvrir les dépouilles avant que je ne passe faire mes photos. Ensuite, nous sommes descendus au sous-sol où j’ai découvert une montagne de cercueils. Comme pour le reste, on a des prix quand on achète par quantités. Il existe deux types de cercueils : les cercueils proprement dits qui sont plus ou moins trapézoïdaux et les sarcophages qui sont cintrés. Les sarcophages sont plus solides mais peu demandés. A l’intérieur, les cercueils sont doublés d’un coffre en zinc.

 

Il y a aussi un amoncellement de boites contenant des fleurs en soie. Tout est en kit. Ce sont Monsieur et son ouvrier qui confectionnent les couronnes et autres ornements.

 

L’entreprise possède 5 corbillards. Des voitures gigantesques dont le nom a une consonnance américaine.

 

A l’étage des cercueils et des fleurs en soie se trouve une petite salle où on fait la toilette du défunt. Une armoire tout en verre contient des flacons de produits de toilette et de maquillage. Monsieur est allé faire une formation d’embaumeur en Angleterre. D’ailleurs, sur un mur se trouve une planche anatomique.

 

Quand le défunt n’a pas de vêtements adéquats, on le place directement dans une housse dont la forme évoque un sac de couchage et la matiere, une planche à repasser.

 

Tout ça m’a fait penser à un film qui m’avait amusée : « My Girl » avec Macauley Culkin, Dan Aykroyd et Jamie Lee Curtis. L’action se déroule dans une entreprise de pompes funèbres.

 

levy-dhurmerLes clients avaient leur idée en tête : ils voulaient représenter un chemin en perspective (« qui part à rien » comme on dit en belge). Je leur ai proposé un paysage qui a un petit coté olympiens ainsi que des fragments : du "Matin" de Philip Otto Runge et un couple de colombes sur un ciel d’orage de Jean-Baptiste Deshays. Ils ont refusé un joli couple de Bouguereau : Monsieur sentait venir les reproches concernant la nudité. Tout ça m’a permis de choisir l’image que je me destine pour ma cérémonie funèbre : c’est "la Femme à la Médaille" de Lucien Levy-Dhurmer.

 

Parmi mes étudiants, j’ai un cantonnier. Quand le fossoyeur est débordé le cantonnier devient l’adjoint du fossoyeur. Benoît, l’étudiant en question, m’a expliqué avec beaucoup de détachement que quand il y a un accident, l’entreprise des pompes funèbres vient enlever le corps mais n’emporte pas tout et qu’il fait partie des équipes qui « ramassent les restes » (« la cervelle et tout », a précisé Benoît). Et puis, l’essentiel de la révélation consistait en ceci : c’est que les histoires d’asticots dans les films, c’est de la blague…Les cercueils sont conçus de manière telle que les humeurs s’évanouissent et que le corps se dessèche comme une momie…de telle sorte qu’on n’atteint pas l’état de squelette…

 

Maintenant, nous savons à quoi nous attendre...

23:16 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humeurs funebres, j ai des visions, peinture |  Facebook |

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