08/01/2007

Le portrait

sanderPour Sander le portrait est un autoportrait assisté. Sander privilégie la pose frontale. Les pictorialistes, eux, préféraient la vue de ¾, qui permet de montrer un sujet abîmé dans ses pensées et au photographe de donner à croire qu’il a réussi à capter le sujet dans un moment important, dans le moment le plus significatif même. La vue frontale, qui est la seule image que le sujet peut avoir de lui-même, ne révèle pas d’autre pensée que celle de la confrontation avec l’appareil. Avec la vue frontale, c’est non seulement le photographe qui paraît présenter le modèle, mais ce dernier qui semble se présenter à lui.

 

La séance de préparation est longue, plusieurs heures. Il faut que le sujet trouve une pose qui le satisfasse ou qu’il assume de bon gré ou même avec fierté. La pose est longue - 2 à 4 secondes. Il y en a peu, 2 ou 3, donc c’est assez solennel. Dans ces conditions le modèle est obligé de se représenter en train de poser, il monte lui-même l’image qu’il veut donner. Toutefois, dans la mesure où le sujet choisit sa pose, elle apparaît plus réelle qu’une pose imposée par le photographe. A noter que Sander fait poser ses modèles au moment où la pose est partout dénigrée comme « bourgeoise ». C’est le goût des primitifs en photographie (Daguerréotype, Callotype) qui lui a donné l’envie d’utiliser la pose (au moins autant que les contraintes de la chambre, moins lumineuse qu’un appareil de petit format). Les bonnes photographies s’expliquent pour lui autant par l’investissement du modèle lors de la prise de vue que par la liberté qui lui est laissée de modeler sa propre image. Seule la pose est honnête… la rigidité timide ou vaniteuse du modèle étant le plus juste rendu de sa psychologie. L’instantané peut à ces conditions être jugé comme « le plus grand menteur de la famille photographique ».

 

Evans de son côté ne montrera quasi exclusivement que des modèles conscients d’être photographiés. Il cherchera le plus souvent la volonté d’auto-représentation du modèle : « les hommes sont des acteurs. Leur rôle est d’être eux-mêmes ».

 

« Il n’est pas question d’atteindre la réalité de « la personne vraie » en prétendant percer le masque social que l’individu tend au monde mais, au contraire, en examinant le masque lui-même, tel que la personne accepte de le porter ». Le portraitiste professionnel n’est plus un influent metteur en scène. Il assiste chez Sander ou Evans le sujet dans son auto-représentation.

 

Un fragment du site de Henri Peyre -

 

http://www.galerie-photo.com/le-style-documentaire.html

21:31 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas, photographie |  Facebook |

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