03/02/2007

J’ai vu une merde

Un truc de McCarthyCa me soulage de vous le dire. C’était un film d’un Paul Mac Carthy, peintre performer américain (of course), qui s’intitulait « painter » et constituait un objet artistique en soi. L’entreprise est élaborée : il accomplit une performance et la filme. La performance est subventionnée par le Moma de New-York, le film projeté au Moma et les merdes réalisées pendant la performance siègent au Moma sous le statut d’œuvres. Il ne perd pas le Nord ce type.

Dans le film, le type est jambes nues. Il porte une camisole blanche ainsi qu’une perruque et un maquillage dont la trouvaille est constituée d’un gros nez et de gants en latex qui donnent au personnage un coté pataud évoquant la Bécassine de Chantal Goya. Par son look, il fait référence à certains éléments de la culture de masse américaine que nous avons la chance de ne pas connaître. Il prétend devoir faire émerger quelque chose et scande des sons sur un mode frénétique sans oublier le nom de De Kooning qu’il répète en se donnant un air de malade mental, le tout assourdi par le latex. Dans la foulée, il balance des quantités de peinture sur des toiles de 4m2. L’idée générale consistant à parodier l’expressionnisme abstrait. Il singe les rapports névrotiques qu’entretient l’artiste avec son agent, pisse dans une plante, feint de se trancher un doigt au hachoir à viande et se fait humer le cul par un type qui joue le rôle du marchand. Dans la salle, des gens riaient. Tant mieux pour eux.

 

Les notions de « travail » ou de « qualité » n’ont plus cours dans le contexte actuel. Quand un artiste utilise Photoshop, c’est dans ses fonctions les plus rudimentaires et tout le monde s’en contente parce que – à commencer par les galeristes – sinon ses usagers habituels, personne ne connaît la complexité de cet outil. Dès lors, il suffit à un Paul Bury de touiller 3 secondes dans « le Bain » de Ingres avec le filtre «fluidité» et une œuvre est née.

 

C’est l’ombre de Duchamp qui hante tout ça. (Pour lui faire les pieds, j’ai passé son urinoir au filtre « fluidité » (celui de Bury). Ca a donc bien pris 3 secondes).

Inutile de dire que l’impression et l’encadrement prennent plus de temps que la réalisation et que le prix auquel un Bury a pu vendre son touillage du « Bain » n’a pas d’explication rationnelle. Ce n’est pas une œuvre qui se vend mais un nom.

Je n’ai pas vu le film de Matthew Barney. J’ai lu à son sujet qu’on avait eu le tort de le présenter dans une salle de cinema, ce qui amenait forcément les gens à le décoder avec les exigences qu’on impose aux films qu’on voit en salle. Or, disait le commentateur, le film de Barney était d’une indigence technique telle qu’une seule conclusion s’imposait : la place de ce qui prétend au statut d’œuvre est au musée, pas dans la ville. Le film de Mac Carthy m’a fait le même effet : si j’avais filmé le couple de morses qui me sert de voisins au saut du lit avec ma webcam, ça n’aurait pas été pire. C’était d’une indigence à gerber.

 

L’art n’a plus à faire état d’un quelconque savoir-faire. Ca c’est une idée complètement réac. Le propre de l’art aujourd’hui consiste à manifester le génie conceptuel de l’artiste et à se trouver dans des lieux qui proclament « ce que vous trouvez ici est de l’art ». Il ne s’agit que de continuer à vérifier la prégnance hypnotique du ready-made. Et tant qu’à faire, je parie que le fait de pisser dans la plante était un hommage à Duchamp, le Père Eternel.

 

Marcel Duchamp - LaToilette ready-made en 1917 et son avatar fluidifié

17:28 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, art |  Facebook |

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