06/02/2007

Le marché des vanités

WillemDeKooningLa vraie nouvelle donne de l'année 2007? Les plus values sont si importantes dans le marché de l'art en vogue que tous les plus grands collectionneurs d'art contemporain - ou presque - font du commerce. La tentation est trop grande. Il n'est plus nécessaire de posséder une maison de ventes pour être prêt à céder au plus offrant tous ses Warhol et tous ses Basquiat. Pour le goût du jeu, pour le goût de l'argent. Pour acheter plus encore de jeunes artistes qui vaudront cher et qu'on pourra revendre et encore et encore. Je vends, tu vends, j'existe et je profite de la venue des nouveaux amateurs riches, nombreux et décidés à posséder.

 

C'est dans cette ambiance tumultueuse, hystérique et show off que s'est tenue la foire de Miami. Nourrie par cette anxiété du bénéfice, elle donne naissance à la professionnalisation du statut de collectionneur.

 

Art Basel Miami Beach est une foire à rallonges, dans toutes les acceptions du terme. (…) La palme de la proposition pertinente revient cette année à la galerie new-yorkaise Gavin Brown. L'oeuvre signée du Suisse Urs Fischer (né en 1972) occupait un espace de 8 m2, le reste du stand étant vacant. En fait, il s'agissait d'un espace vide dans lequel, en insistant du regard, on pouvait voir sautiller un paquet de cigarettes vide. Il était décoré d'un dessin caractéristique de chameau, tout ce qu'il y a de plus commun, pendu par un fil transparent qui le reliait très haut à un grand bras électrique qui permettait sa mise en mouvement. La jolie assistante de la galerie a parlé du principe d'addiction provoqué par la cigarette. Elle a aussi évoqué, en pouffant derrière ses mains, l'idée d'une blague de l'artiste. Un post ready-made vendu très rapidement pour 160 000 dollars.

 

A la plage, toutes les dames avaient les escarpins pleins de sable pour visiter les containers, version cheap de la foire. Le grand prix dans la catégorie, « Les pieds dans le sable» est décerné à Aaron Young et à sa galerie de New York Harris Lieberman. Le jeune homme s'est contenté de faire un trou sur le toit du container qui laissait écouler du sable dans la pièce rectangulaire vide dans laquelle entraient les visiteurs. Un sablier géant. Une préfiguration de la mort aussi avec le bruit des pelles des ouvriers qui versent le sable sur le toit métallique. Un excellent exercice de vanité pour cette foire qui le vaut bien.

 

Un papier de Judith Benamou-Huet dans « Art Presse 331 » - février 2007

 

Notez pour info que, quoi qu’en dise Paul Mac Carthy, dans le contexte décrit par Judith Benamou- Huet, un De Kooning ( Untitled XXV) s’est vendu en novembre pour 21.153.600 euros chez Christies à New-York. Si vous avez oublié le genre, le tableau en question est de la même eau que cet autre tableau de De Kooning. Et puis, si vous ne pouvez pas vous figurer ce que représentent 21.153.600 euros, rassurez-vous : on doit être nombreux dans le cas.

07:43 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, art, je n ecris pas |  Facebook |

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