08/04/2007

La fin d'un monde de brut

zombart.com.dancecornEncore quinze à vingt ans,et ce sera le commencement de la fin du pétrole. Adieu plastique, bonjour bambou! Bienvenue dans un monde écologique, sportif et créatif.

 

 Des années que les experts les plus sérieux nous prévenaient, mais voilà que ça se precise: L’ère du pétrole bon marché, celle qui a inventé le stylo Bic, l'homme sur la Lune, le made in Taiwan et les RTT au bord de la mer, cette ère-là touche vraisemblablement à sa fin. Nous arrivons au fameux peak oil, ce moment à partir duquel les ressources pétrolières vont se mettre à décliner rapidement, et donc à faire grimper le prix du baril, haut, très haut- bien plus haut encore qu'actuellement. Les opérateurs pétroliers- a priori pas trop mal informés -avancent même une date pour ce« début de la fin» : aux alentours de2020, en 2030 au plus tard. Dur, dur pour les fous de voitures puissantes et les abonnés des compagnies aériennes. Et pour tous les autres. Car, de l'or noir, il y en a partout, dans tous nos objets du quotidien. Dans les couches jetables du petit dernier, dans les gobelets de la machine à café. D'où la question de ce qui nous pend au nez : un quotidien sans pétrole, ça ressemble à quoi? Et comment diable allons-nous défossiliser nos vies? Voici quelques pistes, l'esprit léger, pour une vie sans pétrole. En prenant exemple, pourquoi pas, sur nos voisins suédois qui, prévoyants, se sont donné quinze ans pour ne plus en être dépendants.

 

 CONSEIL N°1 : chanter en choeur « Le bioplastique, c'est fantastique ». Les matériaux issus du pétrole ne représentent « que » 4 % de notre consommation totale d'or noir. Le problème, c'est que ces produits d'origine pétrochimique, à commencer par les plastiques, ont colonisé notre quotidien. Qu'on parle de la barquette de votre plat surgelé préféré, de votre rasoir jetable, de la prothèse de votre grand-mère ou de votre frigo, la plupart des attributs de l'homme moderne contiennent du plastique. Heureusement, les industriels assurent avoir trouvé la solution : les bioplastiques. Soit des matériaux d’origine végétale, recyclables et/ou compostables. A nous l'iPod en amidon de betterave et les moquettes en sucre de maïs. Le hic, c'est que toutes lesformules trouvées à ce jour nécessitent toujours du pétrole (autour de 50 %) et des cultures ultra-intensives et friandes d'OGM. Conclusion: consommons moins d'objets, moins d'emballages. Même s'ils sont en bioplastique.

 

 CONSEIL N°2 : mettre du bambou dans sa vie. Parce qu'on peut en faire un plancher, un placard de cuisine, des murs et même une crème extra-douce pour le visage et le corps. Voire le boîtier d'un téléphone portable et d'un ordinateur. En plus, cette jolie graminée détient le record de vitesse de la croissance végétale, avec le miscanthus, la fameuse herbe à éléphant. L'ennui, c'est que son exploitation massive menace les pandas et qu'on ne compte aucune grosse plantation commerciale de bambous de construction à moins de10 000 kilomètres d'ici - en Chine, au Vietnam, en Inde, en Amérique latine. Et vu que les transports sans pétrole ne sont pas encore au point...(cf conseil n° 3). Alors n'hésitons plus: plantons du bambou (nos hivers en Europe seront bientôt assezdoux et humides!)

 

 CONSEIL N°3 : se mettre au sport.C'est le moment ou jamais. Car les transports sont LE point noir de lavie post-pétrole. « On n'a encore trouvé aucune alternative réaliste et aussi bon marché que le pétrole »,dixit Jean-Marc Jancovici, auteur de l'indispensable « Le plein, s'il vous plaît! » (éd. du Seuil, 2006). La voiture à hydrogène ? « Pas rentable. »Le carburant à base d'huile de colza ou de betterave ? « Pour remplacer le pétrole, il faudrait en planter sur 50 millions d'hectares, soit quasiment toute la surface de la France. » Et la Malaisie et la Thaïlande, qui testent l'huile de palmier et le lait de noix de coco ? Pfff...Bon, en attendant la téléportation, l'avion solaire de l'aventurier Bertrand Piccard ou le dirigeable éco du designer Jean-Marie Massaud, qu'est-ce qui nous reste? Le vélo en bambou (ceux en carbone ont aussi du plomb dans l'aile). Et on oublie les vacances en Italie, les courses sur telemarket.fr livrées en camionnettes et les week-ends en Bourgogne. On oublie les reportagesà Bombay et à Shanghai. D'ailleurs,on oublie qu'on écrit pour un magazine papier et que, justement, il faut un sacré paquet de pétrole pour le fabriquer et l'acheminer, le papier...Et puisqu'on parle sport, golfeurs, passez à autre chose : un terrain de golf consomme jusqu'à 1 500 kg de pesticides par an! (et qui dit pesticides dit pétrole).

 

 CONSEIL N°4 : se mettre aussi au jardinage. Nadia Boeglin, conseillère de la présidente de l'Ademe(Agence de l'environnement et dela maîtrise de l'énergie) nous l'avait bien dit: « La plupart de nos objets sont conçus sur une logique de transports à faible coût. A commencer par les produits alimentaires ! » Comme on a bien appliqué le conseil n° 3, on mange local (et de saison). Des topinambours cultivés sur notre balcon. Ou achetés à l'Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) du coin. Sans pesticides ni engrais, forcément. Et bientôt, le retour des poules dans nos centres-villes?

 

 CONSEIL N°5 : oublier l'électricité. Bien sûr, il y a le nucléaire,mais c'est quand même un peu dangereux. Ne rêvons plus à l'éolien- trop cher, et pour transporter une éolienne, il faut huit semi-remorques - ni au photovoltaïque - trop cher, et il faut quand même du pétrole pour produire les panneaux. Alors on admet une fois pour toutes que l'ère du pétrole a été une parenthèse et on recycle son micro-ondes en cage à lapins...

 

  CONSEIL N°6 : devenir cré-a-tif. Fini le pétrochimique cancérigène dans tous les produits d'entretien et d'hygiène quotidiens. On se lance dans la création perso de savons et de shampooings. On poétise son quotidien à la laverie communautaire du coin, en rêvassant devant l'aquarium de 6 m3 où des filtres, des plantes et des poissons assurent la purification, ce qui permet d'utiliser la même eau de lavage pendant quatre ans. On consomme moins et on aime ça, parce qu'on croit au «juste nécessaire», comme disait l'éco-concepteur Thierry Kazazian. »Il y aura l'âge des choses légères », son merveilleux ouvrage (Victoire Editions, 2003), devient notre livre de chevet. On passe de la possession àl'utilisation des objets. On intensifie leur usage. On recycle: ses vêtements (surtout ceux à nettoyage à sec), ses meubles. Ses bouteilles d'eau minérale dans une maison végétalisée avec charpente de bouteilles plastique fourrées au chanvre. Puis on passe à l'étape suivante:on devient décroissant. Encore un peu et on regarde d'un autre oeil les traditions des amish d'outre-Atlantique... Peu à peu, on change de look: tee-shirt en chanvre, tongs en soja, collier en résine, tous produits dans la région. On se met au tricot.Et puis non, même plus besoin de pull ni de chaussettes... Le bonheur! En France, la température moyenne annuelle est désormais de 25°C...

 

 WERONIKA ZARACHOWICZ (Telerama - 4 avril 2007)

 Pour un scénario moins joyeux, voire franchement pessimiste, voir le site de Jean-Marc Jancovici, www.manicore.com

11:26 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas |  Facebook |

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