18/04/2007

Daguerréotypes et Le Lion volatil

AgnesVardaChacun sait que le daguerreotype est le premier mode d’impression photographique qui ait été commercialisé cela fait pas loin de deux siècles.

 

 Chez Agnès Varda, ce titre ne rappelle pas seulement qu’elle fut d’abord photographe, c’est aussi un terme aimablement dévoyé pour désigner les commerçants de la rue Daguerre, dans le 14ème – sa rue – mais attention, pas tous : uniquement ceux qu’elle fréquentait à l’époque où elle a réalisé le film, en 1975.

 

 Premier couple, le plus attachant selon elle, Monsieur et Madame Chardon Bleu qui, depuis 50 ans tiennent un commerce de parfumerie-mercerie et autre mini-brol où Monsieur sert des boutons et pèse du parfum fabriqué par ses soins quand Madame erre, ivre d’ailleurs, vestige diaphane d’une aimable jeune fille qui survit dans les yeux de Monsieur.

 

 Agnès Varda filme le boucher et Madame, les coiffeurs, le boulanger et Madame, le tout avec une tendresse teintée d’humour qui, avec le recul, n’est pas sans évoquer l’esprit des « Strip-tease » les moins caustiques. On rit et l’on est ému de voir ces couples d’artisans évoquer leurs origines provinciales, le moment de leur rencontre, le tout avec une gaucherie qui ravit. L’ensemble du film tisse sa cohérence autour du spectacle horrifique de Mystag, le magicien fakir à la représentation de qui Agnès Varda était parvenue à convier l’ensemble de ses voisins fétiches. S’ensuivent au montage des ensembles de mini-séquences structurées selon une homologie formelle : le boucher désossant adroitement un quartier de bœuf sous les commentaires du fakir en voix off, et cela juste après que celui-ci se soit transpercé le bras à l’aide d’un couteau de boucher de la pire sorte. On crie, on s’effarouche mais surtout l’on rit bien.

 

 Trente ans plus tard, lors de la réalisation du dvd, Agnès Varda rassemble ses souvenirs autour de ces cheres figures aujourd’hui disparues.

 

 En prime, le dvd contient « le lion volatil » une fantaisie surréaliste tissée autour du lion (œuvre de Bartoldi) de la Place Denfer-Rochereau et dont la fable est inspirée de cette déclaration d’André Breton selon laquelle, pour embellir les monuments de Paris, il suffirait de donner un os à ronger au Lion de Belfort et de le tourner vers l’ouest.

 

 Non seulement « Le Lion volatil » accomplit la prophétie mais il le fait selon une esthétique ludique mettant en œuvre les mécanismes de l’écriture surréaliste. Ainsi, Varda pratique l’anachronisme avec désinvolture, adopte la rhétorique du rêve, met en œuvre des moyens propres à faire vaciller l’écriture de fiction… Ce n’est pas seulement la puérilité joyeuse de ce court-métrage qui m’a ravie. Soudain j’ai découvert combien les arts appliqués des années soixante, l’esthétique du quotidien de mon enfance était inspirée du surréalisme.

10:12 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, cinema, j ai des visions |  Facebook |

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