27/05/2007

Eternelle damnation sur IMovie

Allez ! C’est mon film idole de 2007 (même s’il date de 2004) : je crois même qu’il détrone dans mon classement « me and you and everyone we know ». C’est dire…Avec ce dernier, il partage la particularité de mettre en œuvre de la video mais ces deux films se distinguent tout de même par une solide nuance : « me and you » est une fiction alors que « Tarnation » est un documentaire, entendez que même si l’on ne peut éviter la forme narrative, la matière première de ce film est la vie filmée depuis ses onze ans de Jonathan Caouette, sa mère aimée et les gens qui gravitent autour. Ajoutez-y que l’existence de Renée et Jonathan fut un enfer -Tarnation est la contraction, en argot texan, de «Eternal» et «Damnation» : enfer éternel – et vous saurez à quoi vous attendre. Tarnation

 Dans la mesure où ce n’est pas ce qui m’a séduite, je n’insisterai pas sur le contenu : vous resterez libre de découvrir les déboires et l’amour de Renée et Jonathan.

 

 Ce qui est épatant et a permis à ce projet underground d’exister, c’est l’écriture de Jonathan Caouette. Je ne parle pas seulement du montage narratif mais du choix qu’il a fait d’utiliser toutes les sources matérielles qu’il possédait (1 349 films en VHS, Betamax et 16 mm, soit 160 heures de pellicule, des sons puisés dans les 2 046 disques et CD de sa collection ainsi que les photos de famille), auxquelles s’ajoute une bande originale épatante où l’on reconnaît entre autres Nick Drake, Cocteau Twins, Lisa Germano, Angelo Badalamenti….

 

 

 La video amateur a certes la faculté d’apposer un voile de poésie sur les choses et de déréaliser les situations les plus triviales. La vraie singularité de ce film réside toutefois en ceci qu’il a été monté sur iMovie dont les effets sont en affinité parfaite avec ce qui constituait l’essence de l’existence de Jonathan et Renée : la dépersonnalisation. Très tôt Renée est malencontreusement cliente de la psychiatrie : elle subit ses premiers électrochocs à l’âge de 14 ans tandis que Jonathan découvre le monde underground, les stupéfiants et leurs corollaires existentiels à l’âge de onze ans. La détresse et la sensation d’irréalité qui constituent le fond de « Tarnation » trouvent ainsi leur parfait mode d’expression dans la démultiplication des écrans ainsi que la large variété d’effets relevant de l’imagerie psychédélique.

 Au bout du compte, il reste que, sublimé par une telle mise en récit, le sordide destin de Jonathan et Renée semble évoluer vers une forme de délivrance qui tient aussi de la rédemption.

 

 Voici ce qu’on lit sur le site d’Apple au sujet de « Tarnation » : « Nouveau tournant dans sa vie, Jonathan Caouette emprunte à son petit ami, David Sanin Paz, un Mac portable équipé d’origine du logiciel iMovie d’Apple et il s’attaque à la mise en forme de cette énorme base de données multimédia. Portier chez un joailler de la 5e Avenue le jour, il apprend seul, la nuit, à se servir de iMovie. On l’aura compris, la structure des séquences filmées prend une forme particulière parce qu’elle est revue par Jonathan. D’abord, il écrit son texte au fur et à mesure du montage. Ensuite, il fait avec ce qu’il a : des pellicules anciennes, de mauvaise qualité, des photos jaunies, des prises de son d’amateur.

 Alors il va jusqu’au bout de ce que permet iMovie : il force les effets, multiplie les fondus, utilise les filtres pour créer une atmosphère. Ce n’est pas la qualité de l’image qui prime mais la nervosité du montage, le choix des musiques, les bancs-titres qui barrent l’écran pour faire baigner le spectateur dans son monde à lui, Jonathan Caouette, pour l’entraîner dans la chronologie de sa vie. Et ça marche.

 Si Tarnation est bien une œuvre cinématographique personnelle et non une simple compilation de séquences, c’est parce que Jonathan a mélangé trois ingrédients : son vécu avec une enfance totalement déstructurée et son mal de vivre d’adulte, sa personnalité avec sa sensibilité féminine et sa grande connaissance du cinéma, principalement underground, de la musique rock, enfin son expérience comme comédien et réalisateur de courts métrages"

 

 Pour voir un extrait, cliquez sur l"image.

09:04 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions, art, cinema |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.