01/07/2007

Delvoye III : kitsch et glocal

8 grueL’œuvre de Delvoye se définit par la mise en œuvre d’un kitsch délibéré. Le dictionnaire définit comme « kitsch » un style et une attitude esthétique caractérisés par l'usage hétéroclite d'éléments démodés ou populaires considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l'économie industrielle ».

 

 Wim Delvoye souligne que le kitsch, le populaire et le folklore représentent tout ce que le modernisme a ignoré, ce qui fait de l’usage du kitsch dans l’art actuel une stratégie postmoderne.

 

 Alors que Greenberg opposait l'avant garde – comme dernier lieu de sauvegarde de la culture face à l'idéologie capitaliste - au kitsch, produit de la révolution industrielle, Wim Delvoye, lui, penche pour l'inclusion comme moyen d'interrogation.

 

 3S00098Pour Greenberg, la révolution industrielle, et l'exode qu'elle provoqua, annonçait l'avènement du kitsch comme réponse culturelle au désir des nouvelles masses urbaines ayant quitté leurs campagnes.

 Au temps de l'industrialisation a succédé le temps de la globalisation.

 Objets nomades, les oeuvres de Wim Delvoye manifestent alors les symptômes schizophréniques d'une époque dite offshore (qui emprunte ses référents tant dans la culture de masse que dans l'underground) dont ils sont en quelque sorte les pendants artistiques.

 

 Comme pour répondre à la globalisation, Delvoye s'invente « glocal », mot valise qui assemble « global » et « local » et désigne un point de convergence entre la culture majeure et la culture mineure, entre l’industriel et l’artisanal ». Il postule alors qu'être international à l’ère de la globalisation, n'est possible qu'en étant provincial.

 

 delvoye01De ce fait, ses oeuvres sont construites sur base d’un assemblage de signes de la culture populaire et de l'histoire de l'art résultant de choix tactiques.

 

 Ainsi, la série des Marble floor (cfr premier post sur Delvoye) est constituée de charcuteries diverses découpées, arrangées et photographiées de telle sorte qu'elles composent les motifs de sols marbrés évoquant inévitablement le faste architectural de grands palais.

 Cette rencontre de deux langages (celui du quotidien et celui du luxe) permet un nouveau regard qui séduit et fait sourire par l'écart qu'il contient.

 Il s'agit là d'inventer une forme sans antagonismes avec des éléments contraires.

 

 En ce qui concerne le kitsch, l'analyse de Baudrillard (1970) actualise celle de Greenberg : d'une mobilité géographique (celle de l'exode rural), on est passé à une mobilité sociale : pour Baudrillard, la progression sur l'échelle sociale, le changement de statut et la nécessité de manifester ce statut par des signes fonde la prolifération du kitsch.

 Résultat de la révolution industrielle, il devient ainsi le marqueur de la société de consommation.

 trophyDe plus, précise Baudrillard, le kitsch permet de donner une valeur à l'objet rare, il complète le diptyque de la valorisation marchande. « Kitsch et objet authentique » organisent ainsi à eux deux le monde de la consommation, selon la logique d'un matériel distinctif aujourd'hui toujours mouvant et en expansion.

 

 L’œuvre de Wim Delvoye pose des questions du style :

 -Qu'advient-il quand on réalise des oeuvres d'art (qui ont une valeur distinctive riche, car rares) avec des codes visuels populaires ou des objets de masse?

 - Que se passe t-il quand l'artiste use de formes culturelles « hautes » (le style Louis XV) pour ornementer des objets du quotidien ?

 

 6.cloacaExemples : Le Caterpillar devient unique grâce à son « croisement » avec une cathédrale. La Bétonnière s'extrait de sa banalité par son style Louis XV réalisé en Indonésie comme un faux antique baroque des Pays-Bas mais avec un répertoire local (la feuille de lotus a remplacé la feuille de chêne)...

 

 Delvoye inverse les référents, confond les catégories. Ce faisant, il dévoie les modèles de la société de consommation.

 

 Le paroxysme de cette parodie consiste à vendre sur internet les excréments produits par Cloaca (qui renvoie au symbole marchand par excellence, Coca Cola, dont Delvoye a parodié le logo) lesquels étaient en vente (sold out) sur Internet.

  http://www.cloaca.be

 

 Par sa mise en forme, Delvoye provoque la contamination de la valeur de l'objet kitsch par la valeur de l'objet rare, et réciproquement.

17:33 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, j ai des visions |  Facebook |

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