11/07/2007

Delvoye IV : Cloaca

Tout est économie, dit Delvoye. On ne peut y échapper. Fort de ce constat, ill fait coter en bourse Cloaca. C’est une manière de jouer avec la logique capitaliste.

 Comme artiste, il aime réfléchir sur l'art, sur la mythologie qui entoure l’artiste. Par exemple, pourquoi les artistes sont-ils pauvres étant donné le prestige dont ils jouissent et l'argent qui est brassé autour d'eux ?

 

 300px-Leonardo_da_Vinci_helicopter_and_lifting_wingEn ce qui concerne la conception de Cloaca, certains apparentent Wim Delvoye à Leonard de Vinci. Mais Vinci avait un objectif pratique : il concevait des machines supposées utiles.

 

 Cloaca existe en plusieurs exemplaires. C’est une reconstruction de l'appareil digestif humain réalisée avec le concours d’une équipe d’ingénieurs. La machine se nourrit de plats cuisinés qui, au fil de son parcours intestinal, passent de cuve en cuve, se transforment au fur et à mesure pour finir en excréments. « Cloaca est une hybridation homme-machine », dit l'artiste. Au terme du processus, les excréments sont mis en vente.

 Pour voir, copiez-coller la phrase suivante dans votre navigateur :

  http://www.cloaca.be/machines.htm

 

 A l’origine de Cloaca, Delvoye, lui, était fasciné à l’idée de concevoir une machine qui coute beaucoup d’efforts et ne serve à rien. « Quand j'étais étudiant, dit-il, j'avais l'exemple de Christo. Il m'épatait. Je n'avais pas compris que lui et d'autres vendaient des dessins autour de leurs grands projets. Je me disais que je ne pourrais jamais travailler pendant des années pour installer une œuvre qui doit durer six semaines. J'étais fasciné par ce choix de l'éphémère, mais j'avais un peu trop d'ego pour l'accepter pour moi-même. Je n'ai jamais oublié ces artistes. Cloaca est peut-être une façon de faire comme eux ». Ce que Delvoye ignorait à l’époque mais qu’il a donc parfaitement intégré par la suite, c’est qu’une démarche comme celle de Christo est la partie visible d’un énorme travail de production (en l’occurrence, accompli par la femme de l’artiste).

 

 dyn007_original_263_263_jpeg_2563798_437b017a55d7993501e3aed0395a0e95« J'ai cherché un truc compliqué, poursuit Delvoye, difficile à faire, cher, et qui ne mène à rien. J'ai d'abord eu l'idée de faire une machine sans finalité avant de concevoir une machine à faire du caca. J'ai pensé aux Temps modernes, à Chaplin, à sa machine à manger, à cette fascination du début du XXe siècle pour la machine.

 Des artistes comme Piero Manzoni, avec sa merde d'artiste en boîte, et Marcel Duchamp, avec La Mariée mise à nu par ses célibataires ainsi que La Broyeuse de chocolat ont plutôt été une source de légitimation de mon travail ».

 

 Cette idée de caca vient d'une autre histoire, poursuit Delvoye : c'est le meilleur garant de l'égalité.

 A l’époque, je parlais toujours d'égalité, c'était ma période des "objets démocratiques". Plébéiens. Prolétariens. J'en faisais beaucoup. Ils tombaient très bien dans cette époque de fascination pour l'objet. C'était le moment où Baudrillard parlait de l'objet qui nous séduit. Je faisais des scies circulaires, des buts de foot, des armoires, des objets un peu prolos. Tout le monde connaît un but de football ou une bonbonne de gaz.

 Ce sont des objets qui ont une "crédibilité de la rue".

 Ce n'est pas comme l'œuvre d'art : elle ne vaut rien dans la rue. En revanche, la cocaïne, ça vaut beaucoup.

 Et moi, je veux que l'art soit comme la cocaïne : s'il vaut beaucoup dans les musées, il doit aussi valoir beaucoup dans la rue. Je cherche à faire en sorte qu'il ait un "currency", une cotation. C'est un terme économique. Je le fais exprès.

 

 ps : la "broyeuse de chocolat" est un dispositif monté sur une plateau orné de pieds de style Louis XV. Il fait partie d'une installation de Marcel Duchamp intitulée "La mariée mise à nu par ses célibataires"

13:48 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions, art |  Facebook |

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