18/07/2007

Meneer Plateau

LA NUIT, L’HOPITAL BRUISSE DIFFEREMMENT : on entend des bébés crier. Pareil pour les gens qui souffrent. LA NUIT DE L’ENFER, j’ai entendu une complainte qui n’en finissait pas. Toujours le même son. Ca ressemblait à un grognement plaintif. Ca m’évoquait la jouissance néanderthalienne d’un amant que j’ai eu. Le matin, j’en ai parlé à une infirmière qui m’a dit : « derrière vous, ce n’est pas possible. Devant, il y a une personne âgée ».CE MATIN-LA, on a vu un engin inconnu d’Hélène qui, dans la mesure où elle était kiné était supposée en connaître un bout. Les infirmières consacrent une énergie infernale à ce type de la chambre voisine : elles y passent beaucoup de temps, nombreuses, et se couvrent complètement pour entrer dans sa chambre. Hélène a demandé à quoi servait cet engin dont la configuration ne lui inspirait aucune hypothèse. L’infirmière a répondu que cela permettait de soulever. HELENE N’ENTENDAIT PAS LES CRIS INCESSANTS DE CE BONHOMME. Elle m’a répondu plusieurs fois : « ça, ce n’est rien du tout en comparaison avec « Canari » ». « Canari » s’exprimait sur le même mode litanique mais dans le registre strident. Quand elle évoquait Canari, Hélène soupirait de soulagement. Elle était partie et rien n’avait plus d’importance.UN MATIN, sans avoir actionné le bouton qui lui aurait amené une infirmière, le type a répété ad lib : « viens me voir ! ». Une autre fois, il criait « Madame ! » ou « Viens ! ». J’ai fini par comprendre qu’il demandait de la compagnie.PUIS, HELENE EST PARTIE et l’autre dame lui a succédé.Sa douleur l’empêchait de dormir, alors, je suis allée ouvrir la porte du voisin et, sans franchir le seuil, je lui ai dit que d’autres personnes souffraient et qu’il serait aimable d’en tenir compte. Tout le monde a droit à la paix, pas vrai ?MA VOISINE A DIT : « il a fait celui qui ne comprend pas ? ». J’ai dit : « bien vu » .CET APRES-MIDI, j’ai été emmenée à la salle de rééducation.En 15 secondes, j’ai eu le temps de me frapper la tête avec la béquille et d’écraser l’orteil du kiné. Je n’avais encore rien fait de tel en presque 3 semaines. Je lui ai dit : « ne me traitez pas comme une handicapée : c’est le meilleur moyen pour que je fasse des gaffes ».Il m’a dit : « la kiné m’a signalé qu’il y avait une jeune ».J’ai dit : « c’est moi, ça ? »Il a répondu : « ici, les gens ont entre 80 et 105 ans. Alors, les accidents comme le votre, c’est la fête… »EN MEME TEMPS QUE MOI, on amenait une momie alitée avec une verrue sur le front. Un truc qui n’a plus grand chose d’humain quelque part entre la représentation que le cinema a donnée de Golum et une espèce de larve indéfinie.Le kiné me prend en sympathie. On fait un peu les idiots. Je lui demande si la momie larvaire est mon voisin. Il me dit « oui : monsieur Plateau ». Je lui raconte nos déboires sonores et j’apprends que monsieur Plateau est dément. Il y a foule à la salle de revalidation.Un bonhomme qui doit avoir dans les 80 ans ventru, le volume des jambes réduit à peu de choses…un peu comme meneer Plateau. Je dis : « il a les jambes nues ! ». Le kiné répond : « il refuse les bas… »….Tiens tiens…Et il ajoute : « il y a plus de risque de phlébite chez les jeunes ». Il met ce type à l’ouvrage et va s’occuper de monsieur Plateau. « U slaapt, meneer Plateau ? ». Monsieur Plateau se réveille : il s’est endormi pendant son exercice. « Zeg, Meneer Plateau, u moet niet zoveel lawaai maken ! U moet aan uw buren denken… C’est vrai, hein ! Faites bien votre exercice ! Vous devez vous fatiguer, sinon, vous embêtez les autres ! ».

20:24 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.