20/07/2007

L’EMBALLAGE ET LE CADEAU

SAMEDI -14/7 – VOILA, J’AI QUITTE LE STATUT D’OBJET DOLENT NON IDENTIFIE et opéré mon retour à l’humanité. ON A PLACE MON ATELE (je plie donc un peu la jambe) et des bas de contention comportant au talon un rectangle violet qui a un petit air de barre code. Je m’imagine vêtue d’une mini jupe orange et m’érigeant – avec le poignet droit enserré dans une atèle noire de skateuse (à Charleroi, on dirait « sketteuse »avec le ‘e’ ouvert et ça signifierait « casseuse » mais je suis à Uccle et ça change tout…) en nouvelle icône robot-pop. DROLE D’AVENTURE QUI CONSISTE A « RETOURNER A L’USINE ». Ca a un petit coté Disney…(Celui que j’ai découvert en décembre au Grand Palais et qui m’a fait pleurer, non l’eunuque vénal auquel l’a réduit la culture de masse). Petite, j’ai bien du regarder une fiction où l’on voyait le père Noel rafistoler des jouets dans le style psychédélique de Fantasia. Ici, c’est un peu mâtiné de gore : la morphine coupée, l’euphorie l’est aussi. On est bien là et c’est votre jolie jambe qu’on a recollée. La couture expressionniste, c’est sur vous qu’elle se trouve.C’EST LA QUE SE SITUE TOUTE LA DIFFERENCE entre moi et une poupée. La poupée est une forme qui n’a d’autre finalité que sémiologique. Quand vous la démantelez, l’intérieur est creux : tout ce que l’on voit, c’est l’autre coté de la matière moulée dont la poupée est faite. Dans une poupée, l’essentiel, c’est l’image, la forme, le moule. La poupée, c’est du packaging à l’état pur. Ce qui ne signifie pas que ce soit du vent : c’est un objet de projection. Son vide intérieur est compensé par le désir que l’on projette à sa surface, que l’auteur du fantasme soit enfant ou adulte…. Dans la mesure où je ne dispose ni de mes livres ni d’internet pour confirmer mes intuitions, je me contenterai de noter que dans leur large majorité, les poupées sont des filles. Pourquoi ? Voilà la question que j’aurais aimé explorer.NOTEZ L’AFFINITE DE LA POUPEE COMME SUPPORT DE PROJECTION FANTASMATIQUE avec le rôle de l’acteur et de la représentation tel que l’a envisagé Aristote. Quand Umberto Eco défendait l’existence de jouets représentant des armes ainsi que la violence dans la fiction télévisée, il le faisait en référence à la catharsis aristotélicienne….Comme si la violence, la libido déchargée dans ce cadre-là avait pour vertu de pacifier et, sait-on jamais, de produire l’homme nouveau. Remarquez que ce sont les garçons qu’il s’agit de pacifier….EN CE QUI CONCERNE LA POUPEE, ON SAISIT TOUT DE SUITE LE GENRE DE MUTATION qu’a subie l’image de la femme depuis les années ’80 (et, du coup, la régression par rapport aux acquis du féminisme). Ce sujet-là, parce qu’il me met en colère, je ne l’explorerai pas ici pour l’instant.LA DIFFERENCE ENTRE L’ETAT DE FINITION PARFAITE DE LA POUPEE ET NOUS, c’est que nous sommes de chair comme les vaches de Rembrandt et celles de Damien Hirst…et même celles du Delhaize dont les fragments couchés sur barquette de polystyrène immaculé frisent l’abstraction. Ca saigne, ça palpite et ça souffre. Ca vit malgré vous, sans vous demander votre avis. Et ce truc qui vit malgré vous, humblement, c’est vous. Sans « cela », vous ne seriez pas là.ALORS JE M’EMERVEILLE. A lire sur le mode transitif : je deviens source d’émerveillement à mes propres yeux. Moi qui prends soin de moi avec une rudesse assez virile, je me dis que la vie est une fille avec un nœud rose sur la tête et qu’il faut que je prenne soin de la mienne autant que de celle des araignées auxquelles je crains d’infliger une fracture du crane quand je les évacue d’un peu haut.ME VOILA UNE PETITE CHOSE PRECIEUSE. Quand il est arrivé qu’on me dise que j’étais unique, cela ne me disait rien. Maintenant, je comprends que je n’aurai pas deux chances d’exister et qu’il n’y en aura pas deux comme moi, ni biologiquement ni autrement. Je suis unique, vulnérable, éphémère. Peut-être mon éternelle témérité (un autre mot contenant « mère ») viendra-t-elle désormais buter contre cette évidence.AMANDINE M’A APPORTE UN MIROIR. J’y parerai désormais avec vénération ces yeux aux cils trop courts et aux iris d’un brun commun qui ont le bon gout de voir le monde en couleurs. Je pommaderai gentiment (gently) cette peau trop blanche sous laquelle frémit ma vie. JE SUIS PLEINE DE GRACES, ma fille est un ange et mon chat est Celeste.

23:13 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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