01/08/2007

Dans la peau d’un « moins-valide »

Les altruistes que nous sommes connaissent les expériences extrêmes vécues dans les années ’60 – ’70 par deux journalistes qui se sont prêtés à une transformation physique pour vivre de l’intérieur l’ostracisme dont sont victimes certains groupes. JH Griffin a sollicité la contribution d’un médecin pour devenir Noir et effectuer un périple de 6 semaines dans le Sud des USA tandis que Gunther Walraff s’est transformé en Turc et a entamé la longue marche de la recherche d’emploi en Allemagne, le tout pour constater les conditions inhumaines dans lesquelles sont confinées ces personnes.

Moi, je suis bien contente de n’être qu’un peu handicapée et très provisoirement.

Au stade actuel, physiquement, je fonctionne comme à l’accoutumé : j’ai l’air aussi affectée que Céleste et Amandine quand elles s’assoient sur la chaise roulante. J’ai tout de même l’atèle à la jambe gauche et…- bien que la seule restriction que l’ortho ait posée quant au poignet droit soit de ne pas jouer au tennis - je garde la petite orthèse par précaution. Quand je marche, c’est un peu plus spectaculaire : vu les béquilles, je regarde le sol comme la douarière et l’on perçoit un certain labeur, tout de même. L’accès au statut de reine des majorettes, ce n’est pas pour demain.

 

 Vu ma vigueur, j’ai entrepris de renouer avec la vie civile.

Samedi, Amandine m’a embarquée chez ma coiffeuse préférée. Dimanche, Bernard m’a emmenée prendre un pot; lundi, Serge m’a emmenée faire une provision de revues et regarder les canards aux étangs d’Ixelles et hier, nous sommes allées voir Harry Potter à l’UGC De Brouckère.

Chez la coiffeuse, alors que j’entrais appuyée sur mes béquilles, une dame s’est présentée en face de moi. Elle s’attendait à ce que je m’efface pour la laisser passer. Comme je m’étais engagée, elle a franchi l’embrasure de la porte en même temps que moi.

Lundi, Serge m’a déposée à la Porte de Namur sur le trottoir à exactement 1,78 mètres du seuil du libraire. Alors que je m’acheminais vers le magasin, sur mes 2 béquilles avec 1 jambe en l’air, au moins 5 personnes m’ont coupé le passage.

Celeste1-8-07Au cinéma, Amandine s’est entendu reprocher d’avoir pu passer rapidement à la caisse. Supposée accessible aux moins valides – c’est la raison pour laquelle nous avions préféré Harry Potter à Persepolis – la salle ne présentait, en fait, aucun dispositif particulier : nous avons du abandonner la voiturette au sommet des marches. J’ai franchi une quinzaine de marches et j’ai bricolé de quoi soutenir ma jambe durant les 2 heures du film. Dans la rue, quand j’étais en voiturette, j’ai noté que personne n’avait un regard pour moi (ce dont je ne me soucie sans doute pas en temps usuels).

Pour les points positifs, quand l’une de mes béquilles est tombée, un jeune homme l’a ramassée. J’ai également noté qu’à De Brouckère,les trottoirs prévoient le passage des moins valides. Et chez le libraire, une dame m'a proposé de faire quelque chose pour moi.

Allez ! Ca doit être le 712eme de ce que vivent les vrais handicapés.…

A l’avenir, quand vous avez le blues, pensez à remercier pour votre bonne santé au lieu de jouer au crucifié de service.

En photo, Celeste dans la peau d’un chat moins valide, le fondement posé sur l'oreiller anti-escarres.

09:55 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j hallucine |  Facebook |

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