09/09/2007

Mes ongles blancs pour Marie Arena

1Il y a une semaine, veille de mon retour à la maison, je me suis coupé les ongles, comme dans les films, on voit les fiancées de Jésus se couper les cheveux avant de revêtir le voile.

A maintes reprises au cours de ces deux mois, j’ai regardé mes doigts roses et mes ongles longs et blancs, ces indices patents de mon inactivité. Je les ai coupés en pensant, comme dans les situations médiatiques les plus catastrophiques, « plus jamais ça ». Vivent mes ongles jamais clean dont le manque de netteté est le symbole de ma joie de vivre !

 

 Ai-je écrit que quand j’ai eu mon accident, mes amis m’ont dit : « ca va te permettre de te reposer » ? Oui mais à ce moment-là, je n’étais pas fatiguée : au contraire, l’été commençait et je me préparais à une période d’activité intense. Je ne suis pas une carotteuse, vous vous rappelez ?

C’est l’inactivité qui m’a fatiguée. J’ai le cerveau aussi engourdi que le corps, la mémoire qui flanche ; je prends des décisions qui vont à l’encontre de mes intérêts, j’oublie de faire des choses que je dois impérativement faire.

 

 2Je suis rentrée chez moi le 2 septembre pour faire le constat complémentaire de mes ongles blancs : Les araignées ont colonisé l’auvent du jardin. l’herbe a poussé, les petits parterres sont envahis par le liseron qui ne laisse plus entrevoir aucune plante et vient lécher jusqu’à la marche de la maison, comme si le destin de tout ça avait été lié au mien et gisait dans le même état de sidération, proie offerte aux périls les plus aléatoires.

 

 A l’intérieur, la maison est pareille à elle-même. Il faut passer la main sur les surfaces pour constater que c’est sale. Rien d’indigne.

 

 3Je me suis attelée à la gestion du courrier administratif, la tache qui me pèse le plus d’ordinaire et qui m’a carrément angoissée quand j’ai vu le tas qui m’attendait. Amandine m’a conseillé de me préoccuper du plus urgent. Mais pour classer les choses selon ce critère, il faut jouir d’une présence d’esprit suffisante. Ce qui ne semble pas urgent dans la situation où vous êtes l’est peut-être aux yeux de ceux vis à vis de qui vous êtes tenu de rendre des comptes.

 

 La rentrée scolaire a eu lieu le 3 septembre.

Dans l’enseignement, il existe une institution qui est supposée terroriser tout le monde et qui est absolument prioritaire en cas d’absence et cela, quelle que soit votre situation. Peu importe que vous soyez seul sans personne pour vous rappeler qu’il y a urgence, que vos moyens (y compris mentaux) soient réduits (on appelle ça euphémiquement « être étourdi » ou « manquer de présence d’esprit »), que vous ayez trop peu l’expérience d’absences pour maladie pour vous rappeler qu’avant même de respirer, vous devez contacter MEDCONSULT et vous tenir à sa disposition.

4Je ne me suis rappelé que le 6 septembre que je devais signaler mon « incapacité de travail » à MEDCONSULT. Une représentante de cette institution m’a signalé très calmement au téléphone que je serais pénalisée pour cela. Entendez : je serai privée de rémunération au moins pour les 4 jours où je ne me suis pas manifestée.

A l’heure où, gagnée par la honte qui entache le PS l’administration réajuste sa dignité et où dans tous les services publics on constate un effort patent pour traiter aimablement le public, subsiste une institution inquisitoriale, dont l’action repressive est fondée sur le principe du procès d’intention et traduit à l’égard des enseignants un discours du genre : « bande de sales carotteurs, on vous fera la peau… »…..

 

  mes ongles blancsFaut que je me renseigne, mais je crois que c’est Marie Arena qui va recevoir une petite bafouille signée de mes doigts roses.

Comme elle aime l’art contemporain, je vais d’ailleurs réaliser une micro installation à sa gloire dans laquelle j’intégrerai mon reliquaire du 31 aout : mes rognures d’ongles blancs.

12:34 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j hallucine |  Facebook |

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