16/11/2007

Lettres d'Iwo Jima

Lettres d'Iwo Jima« Lettres d’Iwo Jima » et « Mémoires de Nos pères » sont deux films jumeaux réalisés en même temps par Clint Eastwood. Autour de la bataille d’Iwo Jima - un ilot stratégique situé à l’avant poste de la capitale - Eastwood a raconté l’événement du point de vue des Japonais, pour « Lettres d’Iwo Jima » et du point de vue des Americains, pour « Memoires de Nos Pères », une manière de rendre hommage à l’humanité des hommes qui ont été impliqués dans cette guerre, et dans la guerre en général.

 

 Je n’ai encore vu que « Lettres d’Iwo Jima », un film émouvant à plus d’un titre. Si le récit est classique – il retrace l’histoire d’une défaite annoncée et conduit donc à l’anéantissement des Japonais trop peu nombreux pour résister aux assauts des Americains – la narration est touchante par le motif original qui la sous-tend. Des lettres - seule trace de l’existence de ces hommes morts au combat – ont été ensevelies peu avant que l'ensemble des guerriers japonais ne soient anéantis. Leur publication a inspiré à Eastwood le désir de présenter l’événement d’un point de vue dialectique. Ces lettres lues au fil du récit ont pour effet de déployer l’espace bien au-delà du champ de bataille, en direction des personnes que chérissent les soldats, vers la vie dont ils sont séparés, les amitiés qui étaient les leurs, leur existence humble ou fastueuse. Bref, elles en font des êtres réels dans leur fragile simplicité, des êtres qui souffrent et ont peur, tombés là par malchance et à leur corps défendant… à cent lieues des machines à tuer suintant la testostérone dont les films de guerre nous gavent souvent.

 

  La distribution de « Lettres d’Iwo Jima » repose sur des acteurs réputés au Japon et dont l’implication est particulière parce qu’il s’agit d’une tranche honteuse de l’histoire de la guerre – des soldats chargés de défendre l’ilot jusqu’au dernier et cependant abandonnés par la hiérarchie – qui, de ce fait, n’a jamais eu l’honneur des manuels d’histoire. Personne au Japon n’avait entendu parler de la Bataille d’Iwo Jima. Les recherches qui ont été menées en vue de conférer à la restitution la meilleure authenticité ont pourtant permis de constater que des hommes remarquables figuraient parmi le commandement.

Hormis leur professionnalisme, on perçoit très nettement dans le jeu des acteurs une dignité qui ne traduit pas seulement celle des personnages mais semble constituer comme leur propre hommage à leurs pères.

 

 Au-delà de la qualité du casting, on est touché par la jeunesse des soldats autant japonais qu’américains. Les traits tendres de certains d’entre eux les montrent à peine sortis de l’enfance tel ce soldat américain recueilli par l’un des groupes de soldats japonais. Lorsque celui-ci succombe à ses blessures, on lit une lettre écrite par sa mère qui témoigne d’une existence en tous points semblable à celle des jeunes Japonais qui découvrent alors l’absurdité d’une guerre où s’opposent des hommes simplement humains qui n’ont pas demandé à être là.

22:05 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema |  Facebook |

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