19/11/2007

Prenez soin de vous

Sophie_calle2Vendredi, au cours (où je suis élève), ça a chahuté : le prof parlait de Sophie Calle, du projet des « dormeurs » et un élève s’est exclamé : « qu’est-ce que ça a d’artistique ? ». A l’heure actuelle, on pourrait poser la question au sujet de plein de gens. Sophie Calle, elle, dédie « les Dormeurs » à Bertrand Lamarche-Vadel, commissaire de la Biennale de Paris en 1979, qui lui a conféré le statut d’artiste. Et c’est ce que le prof à répondu au chahuteur : aujourd’hui, c’est le public – l’institution - qui désigne l’artiste.

 

 A la Biennale, j’ai trouvé deux autres réponses sympas. L’une disait en substance que l’art montre ce qu’il y a d’extraordinaire en l’ordinaire. L’autre disait que l’art apparaît comme compréhension critique de l’existence et de tout ce qui constitue l’expérience.

 

 Enfin… moi, j’aime ce que fait Sophie Calle.

Hier, j’étais malade : la découverte du pavillon français de la Biennale a donné de la légèreté et du sens à ce voyage que je regrettais d’avoir entrepris.

 

 Selon l’habitude, pour commencer, Sophie Calle explique l’idée qui a présidé à l’ensemble du projet : 'J' ai reçu un mail de rupture. Je n'ai pas su répondre. C'était comme s'il ne m'était pas destiné. Il se terminait par ces mots : Prenez soin de vous.J'ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J'ai demandé à cent sept femmes - dont une à plumes et deux en bois -, choisies pour leur métier, leur talent, d'interpréter la lettre sous un angle professionnel. L'analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L'épuiser. Comprendre pour moi. Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme. Prendre soin de moi.'

 

 Sophie Calle filme et photographie. Les autres écrivent et interprètent, chacune dans son langage. La lettre se trouve transcrite en braille, traduite en latin, en anglais, chorégraphiée, interprétée en langage des signes, analysée selon maints points de vue – juridique, prosodique, stylistique, psychanalytique, divinatoire, etc

 

 L’ensemble est intelligent, comique, cathartique et offre matière à un deuil en fanfare.

17:34 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, photographie |  Facebook |

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