06/12/2007

Le nom du père

Lewis Hine - AmericanCities(L’action se déroule à Ellis Island)

 

 La plupart des inspecteurs faisaient consciencieusement leur travail et s'efforçaient avec l'aide des interprètes d'obtenir des nouveaux arrivants des renseignements corrects. Un grand nombre était d'origine irlandaise et peu habitué à la graphie et à la consonnance des noms d'Europe centrale, de Russie, de Grèce et de Turquie. Par ailleurs, beaucoup d'émigrants souhaitaient avoir des noms qui “fassent americain”.

De là vient que d'innombrables histoires de changements de noms eurent lieu à Ellis Island : un homme venu de Berlin fut nommé Berliner, un autre prénommé Vladimir reçut comme prénom Walter, un autre prénommé Adam eut pour nom Adams, un Skyzertski devint Sanders, un Goldenburg devint Goldberg tandis qu'un Gold devenait Goldstein.On conseilla à un vieux juif russe de se choisir un nom bien américain que les autorités d'état civil n'auraient pas de mal à transcrire. Il demanda conseil à un employé de la salle des bagages qui lui proposa "Rockefeller". Le vieux Juif répéta plusieurs fois de suite "Rockefeller, Rockefeller" pour être sûr de ne pas l'oublier. Mais lorsque, plusieurs heures plus tard, l'officier d'état civil lui demanda son nom, il l'avait oublié et répondait, en yiddish “schon vergessen” (j'ai déjà oublié) et c'est ainsi qu'il fut inscrit sous le nom bien américain de John Ferguson. Cette histoire est peut être trop belle pour être vraie, mais il importe peu, au fond, qu'elle soit vraie ou fausse. Pour des émigrants avides d'Amérique, changer de nom pouvait être considéré comme un bienfait.

Pour leurs petits enfants, c'est aujourd'hui différent. On a noté qu'en 1976, année du bicentenaire, plusieurs dizaines de Smith d'origine polonaise ont demandé à s'appeler à nouveau Kowalski ("Kowalski" et "Smith" signifiant tous deux “forgeron)”.

 

 Un fragment de "Récits d'Ellis Island - histoires d'errance et d'espoir" de Georges Perec et Robert Bober. Ce livre accompagne un film produit par l'INA.

Une photographie de Lewis Hine qui en réalisa beaucoup à Ellis Island.

23:10 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie, j hallucine |  Facebook |

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