06/12/2007

Les jouets anciens

100_0871Début novembre, j’ai participé à un salon où mon travail a plu à Madame et Monsieur Favre. Une fois chez eux, j’ai constaté que c’était Madame Favre toute seule et que Monsieur était son amoureux. Elle tient à la distinction… qui se justifie par exemple par le fait qu’ils ne cohabitent pas.

Madame Favre aime parler. Elle a 75 ans, a rencontré son amoureux il y a 5 ans au thé dansant du Casino de Namur. Elle adore danser. Lui aussi. C’était donc un excellent début. A part cela, il faut se plaire, bien entendu. Or ils ont eu le coup de foudre : une attirance réciproque irresistible. Et puisqu’on est entre femmes, elle ajoute qu’elle n’espérait plus connaître ce genre de transports.

Jadis, Madame Favre a été mariée. Elle et son mari s’adoraient. Vers l’âge de cinquante ans, il l’a quittée pour sa secrétaire.

Je m’exclame : « un homme marié : c’est une chasse gardée. L’idée ne me viendrait pas de tenter la chose. (Moi, je suis solidaire) ».

Elle dit : « Ce n’était qu’une simple secrétaire. Elle ne s’est pas contentée d’un homme de son rang : il lui fallait un ingénieur ».

Et pourtant, elle et son mari, c’était le couple modèle. Personne n’aurait jamais imaginé ça.

Au moment de leur séparation, elle a entendu dire qu’un vol de jouets anciens avait eu lieu dans la région. Elle a pris peur et a vendu la plus grande partie de sa collection, l’une des plus belles du pays.

Elle a traversé une période d’austérité amoureuse de 11 ans. Ce n’est pas qu’elle n’ait rien vécu. Elle a connu un ou deux messieurs, notamment le directeur d’une importante agence automobile. Quand elle s’est retrouvée à l’horizontale, ce fut autre chose : elle a vomi. « Vous comprenez, m’a-t-elle dit, il faut avoir envie. Or, ce que j’ai vu me répugnait tellement ». J’ai répondu « oui. Il arrive que les hommes vieillissants se négligent ». Quand elle a regagné la chambre, il était habillé et lui a dit : « au revoir, Madame ».

 

  Avec son amoureux, Madame Fabre va danser deux fois par semaine.

J’ai dit : « je vais à Paris ».

Elle m’a répondu : « Quand nous allons à Paris, nous prenons nos petites tenues et nous allons au thé dansant. A Paris, il y a thé dansant tous les jours ». Lorsqu'elle et son amoureux vont danser au casino de Namur, les gens les applaudissent parfois tant ils s’accordent avec grâce et souplesse. Les couples qui ont appris à danser dans des clubs sont hiératiques, font toujours les mêmes figures. Eux dansent avec un naturel infini.

J’ai dit : « j’ai longtemps rêvé d’un amoureux qui soit comme mon double : créatif, dynamique, qui prenne des initiatives et me surprenne. ». Madame Favre a répondu : « oui mais attention aux rapports de pouvoir : quand on a du caractère, ce n’est pas simple. Tenez, dans ma vie, c’est toujours moi qui ai pris l’initiative. Quand Jean s’est intéressé à moi, il l’a fait très délicatement : un bisou, un bouquet de fleurs. Au bout d’un mois et demi, j’ai fini par m’interroger sur ses intentions ».

J’ai dit : « il attendait la permission… ».

Elle a dit : « oui : il attendait que je fasse un petit signe. »

 

  Madame Favre est svelte, menue. Elle se vêt avec une discrète sophistication et ses cheveux blond platine mi-longs sont délicatement permanentés comme ceux de ses poupées.

07:57 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas |  Facebook |

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