18/12/2007

Choses vues : La fondation Rustin

RustinVisiter la fondation Rustin, située 38, Boulevard Raspail, c’est une affaire de volonté. D’abord, le lieu ne porte pas de numero. Ensuite aucun panneau n’indique que c’est là. Pour compliquer l’affaire, il faut faire un code pour entrer. Si vous parvenez à pénétrer dans la cour dans le sillage d’une personne qui connaît le code, il vous faut encore une certaine intuition pour savoir quelle direction prendre. Enfin, bien que vous soyez tout à fait dans les tranches horaires prévues, c’est fermé. Il suffisait de téléphoner, semble-t-il. Car la solution est là : ne pas débarquer sans RV (0142 84 46 35). A part cela, le lieu est très bien : c’est une grande salle située au premier étage, équipée d’un beau plancher et de canapés dans lesquels on peut prendre place pour feuilleter les publications qui ont été consacrées à Jean Rustin. Ce lieu est ouvert depuis février 2007 à l’initiative d’un duo de collectionneurs : un Belge et une Hollandaise qui achètent les œuvres de Rustin et les offrent à voir au public en une première fondation située à Anvers et maintenant, ici, à Paris.

 

Le style de Rustin a évolué vers une espèce de forme brute qu’il n’a pas toujours eue. Il est intéressant de noter qu’au cours de sa pratique il est passé de l’abstraction à la figuration, une figuration qui s’est dépouillée chemin faisant. Les personnages actuels de Rustin sont nus ou à demi-nus. L’idée ne viendrait pourtant pas de déclarer que ce sont des nus, sujet revêtant la plupart du temps une dimension esthétisante ou érotisante. Il y a pourtant fréquemment trace de sexualité dans les tableaux de Rustin et l’on y voit beaucoup de sexes, ce qui ne rend pourtant pas son univers pornographique : on voit bien que ce qui domine, c’est la DepardonSanClementedéréliction. Les personnages se masturbent, ont des relations sexuelles un peu comme les animaux des zoos mal pensés : c’est le désespoir qui motive le geste, non une libido débridée ou perverse. On pourrait dire que d’un tableau à l’autre, Rustin dit toujours la même chose. Et ce n’est pas ce que disent Bacon ni Lucian Freud : c’est une forme de desespoir encore plus intense car les personnages de Rustin semblent avoir perdu le lien à eux-mêmes : leurs petites faces à mi-chemin entre celles des enfants et celles des vieillards évoquent plus l’univers de l’enfermement que celui de la dépression : le lien au monde et le lien à soi est rompu. L’état d’abandon où l’on voit ces personnages m’a fait penser aux photos de San Clemente, un asile psychiatrique auquel Raymond Depardon a consacré plusieurs reportages photographiques ainsi qu’un film documentaire.

11:34 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, photographie |  Facebook |

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