20/12/2007

Choses vues : Halle de la Villette,

betes_hommesl’expo « bêtes et hommes » a été orchestrée par trois personnes dont Vinciane Desprets, une philosophe et ethologue de l’Université de Liège. Au beau milieu, pour les happy few qui ont l’œil, un petit clin d’œil belge : un cartel «territorialité » accompagne un canari qui dispose de 3 cages communicantes : une noire, une jaune, une rouge.

Cette expo est une réussite.

La scénographie est belle : l’espace est organisé en un parcours dont les étapes prennent place sous des tentes qui ont quelque chose du chapiteau et de la yourte : des lieu dont les parois sont faites de jute et de feutre et dont la structure tient en quelques armatures de bois et en cordes qui arriment le tout au plafond de la grande halle. Et c’est bien de penser à la yourte parce qu’il y a quelque chose de chamanique dans l’idée de cette expo :

- rendre poreuse la frontière qui nous sépare des bêtes, autrement dit, nous permettre de voir combien nous les façonons (lors d’observations, l’éthologue constate que l’animal accomplit ce que l’observateur attend de lui, témoignant de sa maitrise des compétences qui font l’objet de l’expérience, non de ses compétences spécifiques),

- nous indiquer combien nous les appréhendons via des stéréotypes qui les discréditent et ne disent rien de leur réalité (on dit « sale comme un cochon » alors que le cochon aime faire sa toilette ; on dit « l’homme est un loup pour l’homme » alors que le loup n’est pas un loup pour le loup…),

- dépasser le sentiment d’étrangeté qu’ils nous inspirent en témoignant de la logique de leur fonctionnement qui n’est pas insensé mais subordonné à des lois que l’on ne soupçonne qu’en partant de leur point de vue, de leurs conditions de vie,

- mettre en valeur leur intelligence, leur capacité à apprendre, à jouer, à mettre en place des stratégies orientées vers un objectif (utiliser un outil pour attraper un objet, pour casser une noix, compter…)

- témoigner de l’inconséquence des hommes dans la gestion du territoire, des ressources, alors qu’il est tout à fait possible de concevoir des plans où les intérêts de tous soient respectés.

- témoigner des conséquences néfastes de ces nombreux comportements à travers lesquels les hommes traitent les animaux comme des objets pourvoyeurs de matières premières ou de compensations affectives souvent pathologiques.

- L’expo est interactive : le visiteur est largement appelé à s’impliquer : tendre l’oreille pour écouter le parler des fourmis. Poser les pieds sur un praticable pour sentir le langage des éléphants. De nombreux écrans donnent à voir et entendre.

Dans quelques gigantesques enclos, quelques animaux dont la présence se justfie par leur affinité avec une problématique abordée dans l’expo : un petit groupe de vautours soupçonnés d’agresser des bêtes vivantes et qui sont là « pour prouver qu’ils sont toujours bien nécrophages », des outardes parce que leur disparition de l’ensemble de l’Europe témoigne du désastre écologique que constitue le choix planétaire de l’agriculture intensive, des iguanes parce que les animaux de vivarium ne sont pas des animaux de compagnie (ceux-ci provenant d’un zoo qui les a recueillis ou auquel ils ont été confiés par des particuliers).

 

 Une expo pleine d’humanité, et même d’amour, conçue par des femmes…et ça se voit.

22:12 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions |  Facebook |

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