26/12/2007

Edouard Steichen au Musée du Jeu de Paume

SteichenSwansonNé dans un milieu très stimulant, Steichen a pratiqué la photo dès son enfance. Du coup, sa vie entière a été consacrée à la photo et à l’expérimentation en photographie et en peinture, sur une durée d’une soixantaine d’années.

Il produit systématiquement à partir de 1900 et l’on sent dans ses réalisations l’influence des mouvements d’alors, le symbolisme en particulier, l’art nouveau, le cubisme et l’art déco ensuite.

Aux débuts de la carrière de Steichen, la photographie tente d’obtenir une reconnaissance en tant qu’art et elle ne trouve pas d’autre moyen d’y prétendre qu’en tentant de rivaliser avec ce qui constitue encore l’art majeur à l’époque : la peinture. La photo s’approprie donc le langage, les thèmes, la rhétorique de la peinture : cadrages, effets de matières, portraits, paysages, le tout traité dans des techniques qui utilisent des moyens tels que pigments et brosses. On obtient donc des atmosphères ouateuses, des formes estompées, des ombres veloutées qui évoquent les brumes de Maeterlinck. Picturalement, on pense à Böcklin, Klimt, Levi-Durmer, Mucha…que Steichen a photographié, ainsi que Maeterlinck dont Steichen se rapproche encore par son intérêt pour la botanique.

 

 Une curiosité du Musée du Jeu de Paume : encore au rez, tout au bout de la premiere partie de l’exposition, l’attention est éveillée par des bruits qui semblent provenir d’une projection de film à l’étage. On se précipite dans les hurlements machiniques qui, en réalité, ne sont autres que les sonorités du métro avec lequel le musée communique directement.

20:25 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, photographie |  Facebook |

23/12/2007

Ah ! les filles !

Evelyne GalinskiRue de Seine, en face de la Galerie Lumas, se trouve la galerie Legrand. J’y ai vu des sculptures qui sont l ‘œuvre d'Evelyne Galinski, une femme qui crée de gracieux personnages dont les ombres ne sont pas peintes mais résultent du fumage de ce mode de cuisson singulier qu’est le raku.

 

 J’ai oublié comment l’échange a débuté… avec la galeriste, on s’est dit qu’on voyait peu de femmes s’affirmer dans le monde de l’art.

La galeriste m’a donné une explication intéressante. Elle m’a dit que ce n’était pas facile de développer une collaboration sur la durée avec une femme parce que les femmes n’ont pas le même engagement que les hommes vis à vis de la pratique artistique. Selon, elle, les hommes sont opiniâtres ; pour eux, tout gravite autour de leur production tandis qu’une femme y renoncera facilement en fonction de sa vie affective : une femme rencontre un type, elle laisse tomber la production artistique…

Et voilà comment les femmes sont rares. Comme si l’omniprésente cooptation entre mecs ne suffisait pas !

12:58 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, j ai des visions |  Facebook |

20/12/2007

Choses vues : Halle de la Villette,

betes_hommesl’expo « bêtes et hommes » a été orchestrée par trois personnes dont Vinciane Desprets, une philosophe et ethologue de l’Université de Liège. Au beau milieu, pour les happy few qui ont l’œil, un petit clin d’œil belge : un cartel «territorialité » accompagne un canari qui dispose de 3 cages communicantes : une noire, une jaune, une rouge.

Cette expo est une réussite.

La scénographie est belle : l’espace est organisé en un parcours dont les étapes prennent place sous des tentes qui ont quelque chose du chapiteau et de la yourte : des lieu dont les parois sont faites de jute et de feutre et dont la structure tient en quelques armatures de bois et en cordes qui arriment le tout au plafond de la grande halle. Et c’est bien de penser à la yourte parce qu’il y a quelque chose de chamanique dans l’idée de cette expo :

- rendre poreuse la frontière qui nous sépare des bêtes, autrement dit, nous permettre de voir combien nous les façonons (lors d’observations, l’éthologue constate que l’animal accomplit ce que l’observateur attend de lui, témoignant de sa maitrise des compétences qui font l’objet de l’expérience, non de ses compétences spécifiques),

- nous indiquer combien nous les appréhendons via des stéréotypes qui les discréditent et ne disent rien de leur réalité (on dit « sale comme un cochon » alors que le cochon aime faire sa toilette ; on dit « l’homme est un loup pour l’homme » alors que le loup n’est pas un loup pour le loup…),

- dépasser le sentiment d’étrangeté qu’ils nous inspirent en témoignant de la logique de leur fonctionnement qui n’est pas insensé mais subordonné à des lois que l’on ne soupçonne qu’en partant de leur point de vue, de leurs conditions de vie,

- mettre en valeur leur intelligence, leur capacité à apprendre, à jouer, à mettre en place des stratégies orientées vers un objectif (utiliser un outil pour attraper un objet, pour casser une noix, compter…)

- témoigner de l’inconséquence des hommes dans la gestion du territoire, des ressources, alors qu’il est tout à fait possible de concevoir des plans où les intérêts de tous soient respectés.

- témoigner des conséquences néfastes de ces nombreux comportements à travers lesquels les hommes traitent les animaux comme des objets pourvoyeurs de matières premières ou de compensations affectives souvent pathologiques.

- L’expo est interactive : le visiteur est largement appelé à s’impliquer : tendre l’oreille pour écouter le parler des fourmis. Poser les pieds sur un praticable pour sentir le langage des éléphants. De nombreux écrans donnent à voir et entendre.

Dans quelques gigantesques enclos, quelques animaux dont la présence se justfie par leur affinité avec une problématique abordée dans l’expo : un petit groupe de vautours soupçonnés d’agresser des bêtes vivantes et qui sont là « pour prouver qu’ils sont toujours bien nécrophages », des outardes parce que leur disparition de l’ensemble de l’Europe témoigne du désastre écologique que constitue le choix planétaire de l’agriculture intensive, des iguanes parce que les animaux de vivarium ne sont pas des animaux de compagnie (ceux-ci provenant d’un zoo qui les a recueillis ou auquel ils ont été confiés par des particuliers).

 

 Une expo pleine d’humanité, et même d’amour, conçue par des femmes…et ça se voit.

22:12 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions |  Facebook |

19/12/2007

Allez, une fois! (De baas zijn zonder een bitch te worden)

2276262"Les mots s'envolent, les écrits restent". A l'ère cybernétique, nous aurions tendance à ajouter "et ont un forum mondial". Autrement dit : si vous ne voulez pas que vos écrits vous poursuivent votre vie durant, tenez compte des réflexions suivantes :

- Ne partez pas du principe que vous êtes anonyme. Plus votre blog est intéressant, plus les gens qui le lisent vont tenter de découvrir votre identité.

- Ne parlez pas des projets sur lesquels vous travaillez - votre patron risque de considérer vos propos comme de la divulgation d'information confidentielle.

- Ne vous plaignez pas de gens avec qui vous travaillez, ne les calomniez pas et n'écrivez pas des choses désagréables à leur sujet.

- Ne dites rien à propos de votre vie sexuelle, de vos habitudes de consommation de boissons ou de drogues à titre récréatif. Si vous remplissez une fonction d'exemple dans votre organisation, vous risquez, dans des cas extrêmes, d'être licencié en raison de ce que vous faites dans le cadre de votre vie privée.

 

 C'étaient les conseils du jour de Bizz by mail. Une bloggeuse avertie en vaut 2.

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18/12/2007

Choses vues : La fondation Rustin

RustinVisiter la fondation Rustin, située 38, Boulevard Raspail, c’est une affaire de volonté. D’abord, le lieu ne porte pas de numero. Ensuite aucun panneau n’indique que c’est là. Pour compliquer l’affaire, il faut faire un code pour entrer. Si vous parvenez à pénétrer dans la cour dans le sillage d’une personne qui connaît le code, il vous faut encore une certaine intuition pour savoir quelle direction prendre. Enfin, bien que vous soyez tout à fait dans les tranches horaires prévues, c’est fermé. Il suffisait de téléphoner, semble-t-il. Car la solution est là : ne pas débarquer sans RV (0142 84 46 35). A part cela, le lieu est très bien : c’est une grande salle située au premier étage, équipée d’un beau plancher et de canapés dans lesquels on peut prendre place pour feuilleter les publications qui ont été consacrées à Jean Rustin. Ce lieu est ouvert depuis février 2007 à l’initiative d’un duo de collectionneurs : un Belge et une Hollandaise qui achètent les œuvres de Rustin et les offrent à voir au public en une première fondation située à Anvers et maintenant, ici, à Paris.

 

Le style de Rustin a évolué vers une espèce de forme brute qu’il n’a pas toujours eue. Il est intéressant de noter qu’au cours de sa pratique il est passé de l’abstraction à la figuration, une figuration qui s’est dépouillée chemin faisant. Les personnages actuels de Rustin sont nus ou à demi-nus. L’idée ne viendrait pourtant pas de déclarer que ce sont des nus, sujet revêtant la plupart du temps une dimension esthétisante ou érotisante. Il y a pourtant fréquemment trace de sexualité dans les tableaux de Rustin et l’on y voit beaucoup de sexes, ce qui ne rend pourtant pas son univers pornographique : on voit bien que ce qui domine, c’est la DepardonSanClementedéréliction. Les personnages se masturbent, ont des relations sexuelles un peu comme les animaux des zoos mal pensés : c’est le désespoir qui motive le geste, non une libido débridée ou perverse. On pourrait dire que d’un tableau à l’autre, Rustin dit toujours la même chose. Et ce n’est pas ce que disent Bacon ni Lucian Freud : c’est une forme de desespoir encore plus intense car les personnages de Rustin semblent avoir perdu le lien à eux-mêmes : leurs petites faces à mi-chemin entre celles des enfants et celles des vieillards évoquent plus l’univers de l’enfermement que celui de la dépression : le lien au monde et le lien à soi est rompu. L’état d’abandon où l’on voit ces personnages m’a fait penser aux photos de San Clemente, un asile psychiatrique auquel Raymond Depardon a consacré plusieurs reportages photographiques ainsi qu’un film documentaire.

11:34 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, photographie |  Facebook |

16/12/2007

Choses vues

Varian FryeJ’ai commencé par l’expo consacrée à Varian Frye à la Halle Saint-Pierre. Vous ne savez pas qui c’est? Je l’ignorais aussi…Mais bon : si l’on ne s’intéresse pas à ce qu’on ne connaît pas, on n’avance pas.

Varian Frye fut l’homologue de Schindler, un Américain, le seul à s’être vu attribuer le titre de « Juste » pour avoir sauvé plus ou moins 2000 Juifs quand l’etat américain l’avait mandaté en France pour en sauver 200. Ayant largement outrepassé la mission qui lui était assignée, Varian Frye se fit désavouer par son pays. Qu’importe.

Sa tache consista principalement à évacuer des intellectuels de tous bords. C’est donc lui qui a facilité l’évacuation des Surréalistes. Walter Benjamin a également emprunté la même voie mais, par malchance, cet unique jour où Benjamin a cherché à passer, les douaniers ont refoulé le groupe. Affaibli par sa fragilité cardiaque, Walter Benjamin eut le sentiment de se trouver dans une impasse et, submergé par le désespoir, il se suicida.La Halle Saint-Pierre accompagne cet hommage à Varian Frye de nombreuses œuvres de surréalistes ou de proches. J’ai été particulièrement émue par la délicatesseHans Bellmer-Joe Bousquet des lithographies d’Hans Bellmer dont un portrait de Joe Bousquet dans un style très proches de celui de Dürer, tant par l’onctuosité du trait que par la justesse des rehauts et la vérité des sujets.

 

 Billy-Hells1Billy Hells 2Située rue de Seine, la Galerie Lumas est consacrée à la photographie. Elle a pour vocation de rendre la photographie plus abordable en effectuant des clichés en plus grand nombre (jusqu’à 150), ce qui vous permet d’acquérir une photographie d’Edouard Steichen pour 2000 €. Chez eux, j’ai découvert un duo de photographes allemands : Billy et Hells.

09:38 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, photographie, art |  Facebook |

13/12/2007

Et maintenant ?

Se dire que ce ne sont que des objets, pas des personnes.

Certes, si on les aimait, ce n’est pas seulement parce qu’ils vous allaient mais aussi parce qu’ils s’étaient chargés de paillettes affectives : le parfum d’Amandine, les mitaines et le boa de Martine, le livre de votre prof préféré et les cadeaux de votre amoureux préféré.

Se dire que ce sont des objets périssables et remplaçables : des vêtements, des effets personnels, une trousse de toilette ça s’use et se remplace. C’est dans l’ordre des choses. Eh bien on les remplace plus tôt que prévu et voilà.

Le matin, vous vous éveillez : ni brosse à dents, ni trousse de maquillage. Rien pour vous donner la figure humaine que vous aimez vous composer chaque jour. A quoi ça tient le sentiment de….de quoi ?

Dans la rue, il y a beaucoup de sans logis. Parmi eux, une dame dont l’animal de compagnie, un chat blanc, est assoupi sur ses genou.

Ne pas chercher à remplacer les vêtements de princesse ! Ce genre de parures se la jouent façon peau d’âne : les beaux vêtements vous séduisent au détour d’un regard, par hasard. Ils ne sont jamais là quand vous les cherchez. Profitez-en plutôt pour acheter la doudoune à laquelle vous pensiez depuis un moment. Achetez ce qui vous branche sans compenser frénétiquement. Ce n’étaient que des objets ! Remember ?

Au chaud, vous retrouvez figure humaine. C’est déjà ça.

 

 Et là, vous apprenez que puisque vous vous êtes comportée comme la société de transports vous invite à le faire – vous aviez déposé votre sac dans le compartiment prévu à cet effet – l’assurance n’interviendra pas : elle ne couvre que les objets sur lesquels la personne avait un regard.

15:54 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j hallucine |  Facebook |

Vous rêvez de vous rhabiller gratos ?

DSC01294Avec Thalys, c’est comme si c’était fait.

 

 Postez vous sur le quai du Thalys, gare du Midi. Repérez une nana dont le style et la taille vous agréent. Avec un peu de chance, candide comme elle est, elle déposera son bagage là où l’hotesse l’invite à le faire : à l’endroit « réservé à cet effet ».

 

 Ensuite, c’est simple comme bonjour : empruntez une entrée sans surveillance et passez prendre la valise. Il vous reste à faire l’inventaire de votre butin, soit une garde-robe de princesse : un joli manteau, de jolis gilets dont certains en dentelle, de jolies robes – le tout garanti parfaitement assorti - de la jolie lingerie, des mitaines et un boa craquants de facture artisanale, des produits de maquillage garantis anti-allergiques, un flacon neuf d’eau de Rochas, un baton de rouge à lèvres Chanel rouge feu, Telerama 2X, un tricot (une mitaine finie, l’autre en cours), un livre de Sophie Calle, un livre d’un auteur dont la propriétaire n’a pas eu le temps de mémoriser le nom parce qu’elle venait juste de le recevoir en cadeau de son amoureux, un cable d’alimentation pour un ordinateur portable Apple (la prochaine fois, ce serait bien que l’ordinateur s’y trouve aussi, non ?).

 

 Et voilà !

Recommencez autant de fois que vous le voulez ! Avec Thalys, c’est Noel tous les jours.

15:33 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j hallucine |  Facebook |

11/12/2007

CHAMBRES D'HOTES insolites en Belgique

livreLes editions Luc Pire rééditent cet ouvrage pour la 3eme fois depuis février.

 

 La maquette du livre est très belle. L’auteur en est Louis-Philippe Breydel, un orfèvre de la photo de déco qui, tout au long des pages, pointe les détails qui font de ces maisons des lieux uniques et exceptionnellement accueillants.

 

 Voyager en chambre d’hôtes est souvent promesse de belles rencontres. Les gens qui font le choix d’accueillir chez eux ont le sens du partage et apprécient la découverte de ces bouts d’univers qui entrent chez eux à chaque nouvelle visite.

 

 En ce qui me concerne, j’ai choisi de créer des chambres d’hôtes parce que j’ai vécu de nombreuses et belles rencontres en logeant en chambres d’hôtes en France et en Angleterre. Accueillir et voyager en chambre d’hôte, c’est un esprit : les gens qui prennent cette option ont quelque chose à partager. Cela, je vous le certifie de par ma double expérience de voyageuse et d’hôtesse. De plus, du coté du porte-monnaie, pour des montants équivalents, l’accueil en chambre d’hôtes est infiniment supérieur à l’accueil hotelier, cela, tout le monde s’accorde pour le dire.

 

 Dans la mesure où ma maison figure dans ce livre, j’ai bénéficié de tarifs préférentiels auprès de l’éditeur et vous le propose au prix de 22,45 euros (+ 5,55 euros de frais de port) au lieu de 30 euros en librairie. Si cela vous dit, faites signe.

22:27 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/12/2007

Le nom du père

Lewis Hine - AmericanCities(L’action se déroule à Ellis Island)

 

 La plupart des inspecteurs faisaient consciencieusement leur travail et s'efforçaient avec l'aide des interprètes d'obtenir des nouveaux arrivants des renseignements corrects. Un grand nombre était d'origine irlandaise et peu habitué à la graphie et à la consonnance des noms d'Europe centrale, de Russie, de Grèce et de Turquie. Par ailleurs, beaucoup d'émigrants souhaitaient avoir des noms qui “fassent americain”.

De là vient que d'innombrables histoires de changements de noms eurent lieu à Ellis Island : un homme venu de Berlin fut nommé Berliner, un autre prénommé Vladimir reçut comme prénom Walter, un autre prénommé Adam eut pour nom Adams, un Skyzertski devint Sanders, un Goldenburg devint Goldberg tandis qu'un Gold devenait Goldstein.On conseilla à un vieux juif russe de se choisir un nom bien américain que les autorités d'état civil n'auraient pas de mal à transcrire. Il demanda conseil à un employé de la salle des bagages qui lui proposa "Rockefeller". Le vieux Juif répéta plusieurs fois de suite "Rockefeller, Rockefeller" pour être sûr de ne pas l'oublier. Mais lorsque, plusieurs heures plus tard, l'officier d'état civil lui demanda son nom, il l'avait oublié et répondait, en yiddish “schon vergessen” (j'ai déjà oublié) et c'est ainsi qu'il fut inscrit sous le nom bien américain de John Ferguson. Cette histoire est peut être trop belle pour être vraie, mais il importe peu, au fond, qu'elle soit vraie ou fausse. Pour des émigrants avides d'Amérique, changer de nom pouvait être considéré comme un bienfait.

Pour leurs petits enfants, c'est aujourd'hui différent. On a noté qu'en 1976, année du bicentenaire, plusieurs dizaines de Smith d'origine polonaise ont demandé à s'appeler à nouveau Kowalski ("Kowalski" et "Smith" signifiant tous deux “forgeron)”.

 

 Un fragment de "Récits d'Ellis Island - histoires d'errance et d'espoir" de Georges Perec et Robert Bober. Ce livre accompagne un film produit par l'INA.

Une photographie de Lewis Hine qui en réalisa beaucoup à Ellis Island.

23:10 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie, j hallucine |  Facebook |

Les jouets anciens

100_0871Début novembre, j’ai participé à un salon où mon travail a plu à Madame et Monsieur Favre. Une fois chez eux, j’ai constaté que c’était Madame Favre toute seule et que Monsieur était son amoureux. Elle tient à la distinction… qui se justifie par exemple par le fait qu’ils ne cohabitent pas.

Madame Favre aime parler. Elle a 75 ans, a rencontré son amoureux il y a 5 ans au thé dansant du Casino de Namur. Elle adore danser. Lui aussi. C’était donc un excellent début. A part cela, il faut se plaire, bien entendu. Or ils ont eu le coup de foudre : une attirance réciproque irresistible. Et puisqu’on est entre femmes, elle ajoute qu’elle n’espérait plus connaître ce genre de transports.

Jadis, Madame Favre a été mariée. Elle et son mari s’adoraient. Vers l’âge de cinquante ans, il l’a quittée pour sa secrétaire.

Je m’exclame : « un homme marié : c’est une chasse gardée. L’idée ne me viendrait pas de tenter la chose. (Moi, je suis solidaire) ».

Elle dit : « Ce n’était qu’une simple secrétaire. Elle ne s’est pas contentée d’un homme de son rang : il lui fallait un ingénieur ».

Et pourtant, elle et son mari, c’était le couple modèle. Personne n’aurait jamais imaginé ça.

Au moment de leur séparation, elle a entendu dire qu’un vol de jouets anciens avait eu lieu dans la région. Elle a pris peur et a vendu la plus grande partie de sa collection, l’une des plus belles du pays.

Elle a traversé une période d’austérité amoureuse de 11 ans. Ce n’est pas qu’elle n’ait rien vécu. Elle a connu un ou deux messieurs, notamment le directeur d’une importante agence automobile. Quand elle s’est retrouvée à l’horizontale, ce fut autre chose : elle a vomi. « Vous comprenez, m’a-t-elle dit, il faut avoir envie. Or, ce que j’ai vu me répugnait tellement ». J’ai répondu « oui. Il arrive que les hommes vieillissants se négligent ». Quand elle a regagné la chambre, il était habillé et lui a dit : « au revoir, Madame ».

 

  Avec son amoureux, Madame Fabre va danser deux fois par semaine.

J’ai dit : « je vais à Paris ».

Elle m’a répondu : « Quand nous allons à Paris, nous prenons nos petites tenues et nous allons au thé dansant. A Paris, il y a thé dansant tous les jours ». Lorsqu'elle et son amoureux vont danser au casino de Namur, les gens les applaudissent parfois tant ils s’accordent avec grâce et souplesse. Les couples qui ont appris à danser dans des clubs sont hiératiques, font toujours les mêmes figures. Eux dansent avec un naturel infini.

J’ai dit : « j’ai longtemps rêvé d’un amoureux qui soit comme mon double : créatif, dynamique, qui prenne des initiatives et me surprenne. ». Madame Favre a répondu : « oui mais attention aux rapports de pouvoir : quand on a du caractère, ce n’est pas simple. Tenez, dans ma vie, c’est toujours moi qui ai pris l’initiative. Quand Jean s’est intéressé à moi, il l’a fait très délicatement : un bisou, un bouquet de fleurs. Au bout d’un mois et demi, j’ai fini par m’interroger sur ses intentions ».

J’ai dit : « il attendait la permission… ».

Elle a dit : « oui : il attendait que je fasse un petit signe. »

 

  Madame Favre est svelte, menue. Elle se vêt avec une discrète sophistication et ses cheveux blond platine mi-longs sont délicatement permanentés comme ceux de ses poupées.

07:57 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je n ecris pas |  Facebook |

05/12/2007

Le vieillissement est odieux....

Diane ArbusMalheureusement, contrairement à ce qu'on nous racontait avant, il n'y a aucune sagesse dans la vieillesse; et encore moins dans la société actuelle, qui est fondée sur l'exaltation de la force, de la jeunesse et du projet.

Je pense qu'il vaut mieux en rire.

Tant que l'on dispose de toutes ses facultés et de son autonomie physique, la vie vaut la peine d'être vécue. Maintenant, ce qu'il faut savoir, c'est à partir de quel moment on estime que l'on a franchi une frontière et que, au nom de l'amour de la vie, ce n'est pas la peine de la prolonger.Je suis tout à fait dans cette vision des Anciens. Je pense que la vie n'est pas une valeur en soi, pas plus que sa prolongation. La valeur, c'est le projet, c'est l'existence, c'est la capacité d'avancer.

 

 Pascal Bruckner dans LE SOIR du 3 décembre 2007

 

 Une photographie de Diane Arbus.

12:19 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, photographie |  Facebook |

03/12/2007

W comme week-end en Wallonie

C'est un texte de Sophie Calle : prononcez tous les W [v]

 

 calleWou le Souvenir d'enfance, de Georges Perec, en poche, et munie d'un billet de train de la compagnie des Wagons lits, je me suis rendue ce Week end, en Wagon restaurant, à Liège, en Wallonie. J'ai feuilleté à la lumière d'une ampoule de 20 Watts un recueil sur l'histoire du 'Western, en sirotant un Whisky. Inévitablement, je me suis rendue durant le voyage aux W C. J'avais emmené mon Walkman, et j'ai même fait du zèle en emportant également La Walkyrie de Wagner, un ordinateur pour consulter le World Wide Web, des ouvrages sur les photographes Weegee et William Wegman ainsi qu'un livre de Walt Whitman.

 

  Un fragment de "De l'obéissance".

21:34 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, texte, photographie |  Facebook |

01/12/2007

Une robe ne meurt pas

Momu

 

 Mais qu'allais-je faire de son exceptionnelle garde-robe? de cette collection presque «haute couture» de modèles uniques, cousus main et signés dans les poches ou les cols, où ma mère avait attaché une étiquette « hand made by Mami» en ajoutant à la main la date de leur finition. Je ne pouvais moi même porter aucune de ses robes, elles n'étaient pas faites pour moi. Il me vint alors une idée : peut-être une amie norvégienne accepterait-elle d'en essayer quelques-unes, juste pour voir.

 

 L'essayage eut lieu quelques jours plus tard et nous surprit toutes les deux bien au-delà de ce que j'avais pu imaginer. Ce fut un choc, une révélation. Bien qu'elle n'eût, en apparence, en aucune façon la silhouette de ma mère - elle était bien plus grande et élancée -, ces vêtements conçus et réalisés pour une autre prenaient sur mon amie une allure folle. Elle les habitait tout à fait différemment de leur conceptrice initiale, ils bougeaient merveilleusement sur elle. À travers son regard à elle, émerveillée comme une petite fille à qui une fée offrirait des robes de princesse, je pouvais rendre hommage au talent de ma mère.

 

 Elle goûtait chaque détail, chaque raffinement de la coupe, la beauté d'un tombé, d'une découpe originale, du mouvement d'un pli, d'une courbe, la douceur de la matière, la finition parfaite, même invisible à l'oeil nu. Peut être prenais-je pour la première fois conscience de l'oeuvre réelle que représentait cette garde-robe maternelle. Une à une j'en tendais les pièces à mon amie, qui les essayait en se regardant tour à tour dans le miroir de la chambre et dans celui de mes yeux.

 

 Nous étions l'une et l'autre prise dans un cercle magique. Quelque chose d'inattendu, d'inespéré, était en train de se produire. Elle comblait ses rêves d'enfant, moi, j'accomplissais le voeu que ma mère n'avait pas exprimé mais que je lui prêtais : voir tous ses habits, créés et réalisés avec amour et doigté, admirés et mis en valeur, portés avec élégance et simplicité.

 

 Cette même scène se répéta plusieurs fois au cours de l'été. Petit à petit, toute la collection de vêtements changea de mains. Mon amie se les réappropria à sa façon, inventa de nouveaux accords, de nouveaux mélanges, elle leur donna une nouvelle vie.

Une robe ne meurt pas.

 

 Un fragment de "Comment j'ai vidé la maison de mes parents" de Lydia Flem.

Et une photo que j'ai réalisée au Musée de la Mode à Anvers.

18:05 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie, litterature |  Facebook |