09/04/2008

Burt au clair de lune

J'admirais Humphrey Bogart mais il me rendait nerveux. Son front me troublait ; c'était le front d'un homme endetté. dvd-crimsonpirateMes instincts me portaient plutôt vers Kirk Douglas et Burt Lancaster, les pyramides de l'Amérique, qui n'avaient besoin d'aucun souterrain pour répandre leur célébrité. Ils étaient monumentaux. Leurs visages cre¬vaient l'écran. Quand ils riaient ou pleuraient, c'était sans retenue. Leurs sourires chromés n'étaient jamais ambigus. Et ils avaient rarement le temps de s'asseoir pour échanger des reparties cyniques avec une dame de la haute ou un connard. C'étaient des hommes d'action qui couraient, bondissaient, aimaient éperdument.

Quand j'étais gamin, j'avais vu Burt dans Tant qu'il y aura des hommes. Sur une plage hawaïenne, il dominait Deborah Kerr de toute sa stature et, pour la première fois de ma vie, j'avais ressenti le vrai pouvoir de l'image.

Burt était comme la ville dans laquelle nous vivons tous. Il avait cette dimension là. A la confluence de l'ombre et du temps, il y avait place pour nous tous et je savais qu'il fallait me distendre jusqu'à ce que les molécules se divisent et que je m'insinue dans l'image. Burt au clair de lune était un crescendo de perfection masculine, mais non moins humain pour autant. Burt vit! Je porte en moi cette image aujourd'hui encore, comme font sûrement des millions d'autres, hommes et femmes, pour leurs raisons diverses.Burt au clair de lune. C'était un concept c'était l'icône d'une nouvelle religion.

- Un fragment de "Americana" de Don de Lillo.

- Sur la photo, Burt Lancaster déguisé en Kirk Douglas.

17:57 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : j ai des visions, cinema |  Facebook |

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