22/04/2008

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F-M BannierSon numéro était très rôdé. Avant de répondre au « toc toc » qu'une carte de visite punaisée sur sa porte réclamait à petit cri, Daniel Emilfork laissait passer un temps calculé pour induire le doute sur sa présence. Puis il ouvrait, et sa tête d'épingle volontairement blafarde jaillissait dans l'entrebâillement, comme un diable de sa boîte. Il souriait de toutes ses dents, que sa maigreur faisait paraître immenses. Une canne noire à pommeau argenté dans la main, il disait parfois « vous permettez ? », avant de plonger son corps élastique d'octogénaire racé dans un placard de son entrée-salon-boudoir-salle-de-cours, et de se fourrer une poignée de marshmallows dans la bouche en s'exclamant : « J'adore ces choses-là. » Quiconque a passé une heure dans l'antre montmartroise de Daniel Emilfork ne risque pas de l'oublier. François Jonquet est de ceux-là, doté d'une belle idée de surcroît : immortaliser les monologues en roue libre de l'incomparable acteur du Casanova de Fellini. Cela donne un petit livre à voix nue, qui révèle un Daniel Emilfork grave et narcissique, intègre et désespéré. Eclate ici la beauté cachée des laids, dont parlait Serge Gainsbourg.

Un texte de (je suppose) Marine Landroit sur "Daniel", un livre de François Jonquet, éd. Sabine Weispeiser, 122p. 16 €.

08:26 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : texte, cinema |  Facebook |

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