05/06/2008

Prenez soin de vous – (les malheurs de Sophie - le retour)

Ca s’est déjà passé ici : http://lumiereincidente.skynetblogs.be/post/5235491/prene....

J’y reviens parce que j’ai le livre entre les mains.

 

sophie-calle-venise« Prenez soin de vous », c’est l’histoire d’une vengeance déployée avec une puissance inédite dans l’univers de Sophie Calle, démultipliée comme dans une chambre d’écho par l’interpellation organisée de plus d’une centaine de femmes ainsi que la mobilisation de supports d’expression dont on ne disposait pas jusqu’ici : à l’installation – actuellement montée à la Bibliothèque Nationale et dont on ne dit pas que du bien - succèdent un livre-objet contenant non seulement ce à quoi Sophie Calle nous a accoutumés - du texte, des fac simile, de la photo – mais aussi des dvd, autrement dit l’ensemble du contenu de l’installation hormis la scénographie. A cela, il faut ajouter que « Prenez soi de vous » a représenté la France à la Biennale de Venise, événement qui convertit cette vengeance en institution nationale, autant dire un séisme.

Dans l’intervalle j’ai découvert l’ensemble de ce qu’on peut trouver de Sophie Calle. On garde l’ironie, la poésie, le délire, une façon tellement unique de donner de la valeur à quelque chose d’insignifiant.

 

L’ampleur de l’événement donne-t-elle la mesure de cette douleur qui est loin d’affleurer pour la première fois dans l’oeuvre de Sophie Calle ?

Voilà ce type joliment tancé, démasqué, moqué. Voilà un beau lynchage intellectuel, une belle manière de dire collectivement à la confrérie informe des types sans courage qu’il vaut mieux rester seule qu’en compagnie de personnes qui se leurrent tellement qu’elles croient sauver la face en enrobant leur lâcheté dans une prose qui n’abuse qu’elles-mêmes. J’espère qu’après cela, la grande Sophie est soulagée. Mais, à dire vrai, j’en doute. A contempler le détachement (Laurie Anderson), le scepticisme (Ariane Ascaride), l’hébétude (Yolande Moreau), le sentiment d’humiliation (Aurore Clément) sur les visage et dans la voix de ces femmes, on comprend que la douleur subsiste et qu’on n’est pas en paix. Encore faudrait-il que le soulagement soit le but. Mais non : la lettre aura donné lieu à un événement.

 

Le carnet d'adressesAu moins aura-t-on ri, fait rire, penser ceux qui pensent et laissé dormir les premiers concernés sauf un, espère-t-on, qui se consume peut-être à jamais sur le bûcher de la honte, le foie rongé par un aigle noir (laissez-moi tout mélanger en paix). C’est si peu.

 

Notez que Sophie Calle elle-même, se défend d’avoir mis en cause cet homme : en dernière page du livre, elle écrit : « Il s’agissait d’une lettre. Pas d’un homme ». C’est rarement uniquement d’une lettre qu’il est question, en fait. Mais bon, le triste livret censuré de 4 pages évoquant la mésaventure du « Carnet d’adresses » a sans doute fait des petits. Pour rappel, Sophie Calle avait trouvé un carnet d’adresses qu’elle avait photocopié avant de le rendre à son proprio. Elle avait alors demandé à des personnes dont les coordonnées figuraient dans ce carnet de dresser le portrait écrit de son propriétaire. Rien de méchant. Les textes étaient parus dans Libération. Mais le proprio l’avait très mal pris et a fait empêcher la publication de ces textes. D'où ce livret maigrelet en mémoire.

23:49 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, photographie, je n ecris pas |  Facebook |

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