13/06/2008

« Mon amoureux est un pompier

…Mais je sais pas où le trouver… »

elle s'appelle Sabine
Vous les avez déjà entendus ces mots?
C’est Sabine qui les prononce, dans « Elle s’appelle Sabine », un documentaire que Sandrine Bonnaire a consacré à sa sœur autiste. (En principe, vous auriez pu le voir à la télévision. Vous me direz que moi aussi, j’aurais pu le voir à la télévision mais…non : je figure parmi les 2% de Belges qui n’en ont pas).


Je n’ai pas trop aimé ce film.

J’ai récemment vu quelques films où il est question de personnes souffrant de maladies psychiatriques, internées ou non. Je me rappelle pêle-mêle « Fragments d’Antonin » (Gabriel le Bomin), « la Meglio Gioventù » (Marco Tullio Giordana), « Tarnation » (Jonathan Caouette), et « La moindre des choses » (Nicolas Philibert)… Les deux premiers sont des fictions - certes documentées - ce qui signifie que l’on cultive l’effet de réel et que le dispositif technique est écarté de la matière narrative. Dans la mesure où ce sont des fictions, ces deux films présentent également la différence avec les 3 autres que les protagonistes sont des comédiens. Du coup, même dans les moments les plus durs, ils restent regardables, ils gardent un coté attendrissant : Antonin est toujours mignon, même au pire de ses symptômes. Et chacun sait que la beauté est un bon moyen pour s’attirer la sympathie.

Les trois autres films sont des documentaires dans le cadre desquels les personnes concernées - les sujets du film - ne se préoccupent pas de l’image qu’elles donnent et soulignent régulièrement la présence de la camera en la regardant et en adressant la parole à la personne qui la manipule. Parfois, elles se mettent même en scène. Et elles sont moches. Sabine a toujours la bouche ouverte ; sa tête s’affaisse comme si elle s‘endormait, elle bave, tremble, crie, est agressive. Vous me direz que le but consistait justement à montrer à quel point cinq ans d’internement l’ont aliénée.
J’ai pourtant préféré les films de Nicolas Philibert et de Jonathan Caouette et je crois que cela tient au point de vue.

Jonathan Caouette entraine le spectateur dans une mélasse émotionnelle qui ne peut que rendre attachante sa mère, Renée, internée à l’initiative de ses parents à elle. Nicolas Philibert consacre son film à la préparation du spectacle d’été à la clinique psychiatrique de La Borde. Le physique expressionniste et la posture hypotonique laisse deviner le poids qui pèse sur les épaules de ces gens qui ne manquent pourtant pas d’humour (« noir, c’est noir. Il n’y a plus d’espoir » dit flegmatiquement l’un des pensionnaires) et de gaîté et entre lesquels on devine des liens, de l’affection.  Le regard de Philibert sur ce monde suscite un intérêt respectueux, un attendrissement curieux.
Bien qu’il s’agisse de sa sœur, Sandrine Bonnaire a adopté un point de vue trop détaché. Elle évoque, interroge, montre mais, singulièrement, son attachement ne filtre que dans les mots, pas dans le regard de la camera.

ps : un coq à l'âne à propos du fait ne ne pas avoir la TV.  Il est arrivé que des élèves me demandent si j'avais - au moins - l'électricité. On m'a aussi demandé (avec effroi) à quoi je consacrais mes soirées...

09:00 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, j ai des visions |  Facebook |

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