15/08/2008

Hey girl ! (Where in the world did you come from ?...)

Quand on dit qu’on n’a pas eu une enfance conforme sur le plan familial, les gens s’apitoient, sans doute envahis par des visions du style « sans famille ». « Pauvre chou », pense-t-on. Moi-même, j’ai longtemps carrément pensé : « pauvre martyr ! ». Il a fini par suffire de me rappeler que, pour le peu que je l’ai vu, mon père me faisait noircir des pages à la main droite pour que ça aille mieux.
Il ne faut d’ailleurs pas croire qu’une personne n’ayant pas grandi au sein de sa famille en ait nécessairement la nostalgie. On dit des gens qui sont nés privés de la vue ou d’un autre sens qu’ils n’en éprouvent pas le manque et qu’en compensation ils ont développé d’autres facultés. C’est pareil ici.

J’ai seulement croisé deux personnes, un homme et une femme, qui ont évoqué une enfance heureuse vécue auprès de parents amoureux. A entendre les histoires d’enfance de mes amis et des gens que j’ai connus, j’ai fini par m’apercevoir qu’être écarté de la famille présente parfois plus d’avantages que d’y grandir. Dans le cas qui fut le mien, je n’ai tout bonnement pas eu de vie affective et c’est peut-être mieux que de vivre ce qu’on vit et ce dont on est souvent témoin en famille.

Actuellement, on applique le terme de « maltraitance » au fait de priver un enfant de vie affective. Durant mon enfance, on n’abordait pas les choses de ce point de vue. Moi, je croyais que c’était normal. Mon existence n’était pas gaie mais je ne souffrais pas. A 12 ans j’ai connu l’amitié. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’amour (vibrer pour quelqu’un et avoir de la valeur à ses yeux) et le monde des émotions.
Dans tout cela, il faut se rappeler que l’enfant est une personne dotée de ressources et que l’on peut être très tôt acteur de sa vie.
A ce sujet, dans « De Chair et d’Ame », Boris Cyrulnick explique que l’on n’est pas tous égaux devant la résilience : nous ne sommes pas tous dotés de la même manière en ce qui concerne la chimie du cerveau. Or, ce sont ces ressources-là qui permettront aux uns de se construire une existence qui tienne debout quand les autres ne parviendront pas à surmonter leur situation.

A considérer la prégnance de la famille d’origine sur l’enfance et la vie adulte de la plupart des gens, je suis plutôt encline à soutenir que l’absence de famille a davantage de vertus émancipatrices et vous conduit peut-être plus vers vous-même que sa présence.
Ce qui suit n’est pas nécessairement autobiographique : ces idées me viennent surtout de l’observation d’autres personnes.

Quand la famille est absente, il n’y a personne pour

- décider à votre place

- s’inquiéter pour votre sécurité…. au cas où vous risqueriez de :

• vous faire mal, voire mourir
• vous faire manipuler
• vivre une expérience pénible sur le plan affectif
• etc

- et donc vous dissuader d’entreprendre, d’aller vers les autres (« ça ne se fait pas… », « méfie-toi »)

- brimer votre créativité (« tu es folle ! »)

- vous imposer des situations, attendre de vous des décisions et comportements qui ne vous correspondent pas

- ne pas savoir se réjouir pour vous et briser votre enthousiasme (« tu es contente, hein !? »)

- vous accabler de clichés dévalorisants (« tu as toujours eu un sale caractère »)

- vous appréhender avec des vieilles lunettes sans s‘apercevoir que vous avez évolué.

- entraver votre émancipation

Si personne n’effectue ce formatage sur vous, vous-même n’êtes pas entrainé(e) à le faire, ce qui repousse les limites des possibles.


Ils ne savaient pas...Et donc, en termes de permissions, quand les parents ne sont pas là, vous pouvez :

- vous laisser guider par des tuteurs bienveillants dans des directions dont votre famille n’a pas idée (en termes de valeurs, éthique, culture, ouverture spirituelle…)
- décider tout(e) seul(e)
- laisser libre court à votre curiosité et oser des choses que les autres n’osent pas
- entreprendre
- prendre des risques
- vous dépenser tout votre saoûl
- vous faire plaisir
- vous laisser aller

tout cela, sans que personne vous dise que :
- ça ne se fait pas
- c’est dangereux
- vous feriez bien de vous méfier
- vous êtes Miss Catastrophes
- vous êtes une girouette,

ni vous fasse de prédictions démoralisantes.

En famille (d’origine), à l’âge adulte, quand ça marche, on se soutient, on s’entraide, on est prudents les uns pour les autres.
Mais jusqu’à quel point la prudence n’entrave-t-elle pas l’expérience ?
Quelle est la saveur d’une vie trop prudente ? Combien de personnes n’avancent-elles pas comme des somnambules ?
Qui serais-tu devenu(e) si, par crainte de l’inconnu, tu n’avais pas renoncé à cette expérience qui te tentait ?

Evidemment, pour ne parler que de moi, j’ai pris des risques, j’ai eu peur, j’ai eu mal et j’ai rencontré des loups…devant qui j’étais seule. On appelle ça des expériences. C’est le propre de la vie. L’attitude intelligente consiste alors – pour éviter le plan « victime » - à évaluer en quoi on a contribué au problème et – pour cultiver le plan « joie de vivre » - à faire en sorte de préserver sa fraîcheur , ne pas se crisper pour garder le goût de l’accueil…pour d’autres expériences, d’autres personnes.

Un jour, je me suis inquiétée de souvent me blesser et faire des gaffes. La personne à qui je parlais m’a répondu : « Vous êtes très active. Quand on ne fait rien, on ne fait pas de gaffes et l’on ne se blesse pas.…. »

Quand on vit, on avance. Et parce qu’on se fait plaisir, on évolue dans la joie…
Ca vous donne un petit air singulier et tant pis. Comme vous vous aimez, vous foncez en dépit de tout ça : ceux qui ont le décodeur savent qui vous êtes.

Allez! Faites votre liste rose et emmerdez les (en)vieux (ceux qui n’ont pas le courage d’oser et qui, pour cela, vous en veulent).

Hey Girl des Delays, l’un de mes groupes préférés.

23:58 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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