25/09/2008

Pas d'accord...

Suite à la vente record chez Sotheby's d'un ensemble d'oeuvres de Damien Hirst...Un interview de Pierre Sterckx, critique à Beaux-Arts Magazine par JC Vantroyen du journal Le Soir. (Je ne comprends pas tout mais je suis persuadée que vous ferez parfaitement le raccord...)

Pierre Sterckx vient de publier un essai, Impasses et impostures en art contemporain, dans lequel il juge sévèrement certaines stars du marché international de l'art, comme Damien Hirst, Jan Fabre, Anselm Kiefer, Lucian Freud.
Ce livre, dit-il, est un acte de résistance « Résister aux effets de mode, à la prise du pouvoir du marché sur la pensée, aux impostures collectives sacralisant des impasses personnelles. »

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La vente Hirst chez Sotheby's a dépassé toutes les estimations. Le fameux «Veau d'or” a été adjugé 12,9 millions d'euros. Ça vous étonne?
La vente publique, c'est un spectacle, c'est hystérique. On est dans un théâtre, on perd la mesure, on paie plus cher. Mais ici, on est dans le délire. Il faut changer le formol de ces oeuvres tous les trois quatre ans. Vous allez mettre dix millions dans une oeuvre qui n'a aucune pérennité physique? Est-ce qu'il y a encore des gens qui ont un peu de raison? Le formol, ça ne transforme rien, au contraire, ça putréfie lentement. Je suis vitaliste, et les artistes mortifères, je ne peux pas les admirer.

Vous jugez sévèrement Damien Hirst. Mais pourquoi ça marche?
Damien Hirst est très intelligent, très astucieux. Il joue sur des phénomènes archaïques. Il envoie les vaches, les requins, etc. à la mort. Et puis il dit : “et l'homme ? Il doit se soigner” alors il fait sa pharmacie. Et on en est bourrés, de médicaments, on s'empiffre, on devient un corps chimique. Donc il convoque le corps chimique réparateur humain après la mise en boîte formolée de l'animal mort. Ce sont les fameuses petites pastilles de couleur, faciles à identifier et qui sont le degré zéro du rythme. Quand on voit ce qu'afait Klee, on sent immédiatement un battement. Chez Hirst, rien. De la pure juxtaposition. De l'étalage de pharmacie après l'étalage des cadavres. Mais Hirst est encore plus malin que ça : il convoque les crânes avec les diamants, c'est à dire les reliques. La série est complète: l'animal mort, la réparation pharmaceutique et la religion avec les reliques. Il ferme la mort et la maladie de trois façons. Et on s'étonne que ça fonctionne dans une société comme la nôtre, axée sur la pulsion de
mort ?
A partir du moment où le capitalisme crée des individus solitaires et coupables, intériorisés, on produit de la mort. On ne l'érotise plus. Le couple Eros-Thanatos a été à la base des grandes oeuvres, mais avec Hirst, il n 'y a plus que Thanatos tout seul. Etonnez-vous que les gens aiment ça : ils baignent là dedans.

Cette vente directe au consommateur, c'est une révolution?
C'est quelque chose qui court circuite le système, les marchands, les galeries et même les traditionnelles ventes publiques. C'est une provocation. L'artiste s'adjuge maintenant la plus value, qui était acquise aux intermédiaires. C'est scandaleux, mais on est dans une société de la marchandise en accélération constante.

Une mise en scène de soi ?
Bien sûr. Cette génération d'artistes -  Delvoye, Cattelan, Barbier, Fabre, Quinn - ce sont des scénographes. Ils créent un monde et ils se mettent en scène dedans.

Lisons "Impasses et impostures en art contemporain" de Pierre Stercks. Anabet.Coll.Pamphlet.

13:41 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art |  Facebook |

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