26/09/2008

Lui non plus...

Toujours sur le même sujet, l'avis d'Olivier Cena, l'un de mes chroniqueurs favoris.

Son papier s'intitule "Le veau a encore augmenté"

Golden Calf
Pour une belle vente, ce fut une belle vente. Chez Sotheby's, à Londres, « Beautiful inside my head forever » a tenu ses promesses et rapporté beaucoup d'argent (140 millions d'euros) à Damien Hirst, l'artiste conceptuel britannique qui avait décidé, comble de l'horreur, de se passer des galeries et de vendre directement ses oeuvres aux enchères. Les collectionneurs n'ont donc pas boycotté l'événement. Ainsi The Golden Calf, un veau de 18 mois plongé dans un aquarium contenant une solution aqueuse de formaldéhyde (le formol), coiffé comme le dieu taureau égyptien Apis d'un disque solaire en or (18 carats, précise même le descriptif) et dont les sabots sont également recouverts d'or, ainsi cette oeuvre a t elle été vendue 10,3 millions de livres, un peu moins de 13 millions d'euros...
Damien Hirst, qui ne manque pas d'humour, prétend que son désir de vendre ses oeuvres sans passer par une galerie obéit à un idéal démocratique. Plus sérieusement, on le soupçonne de vouloir s'enrichir en récupérant la commission de la galerie, soit 50 % du produit de la vente. Or Damien Hirst, dont la fortune est évaluée à 130 millions d'euros et qui emploie dans son atelier plus d'une centaine de personnes, n'est pas dans le besoin. Alors? Alors on imagine, on suppute, on échafaude : et si, étant donné son amitié avec François Pinault, propriétaire de l'autre grande maison de vente Christie's, et s'il voulait, provocation suprême, qu'à terme les galeries disparaissent?
On en tremble (de rire) : l'art existant depuis trente mille ans et les galeries depuis un peu plus d'un siècle, leur disparition ne serait qu'un événement historique mineur. On en rigole d'autant plus que les grandes gagnantes de cette histoire risquent bien d'être les galeries bling bling dans lesquelles expose Hirst: la White Cube à Londres et Larry Gagosian à New York. Car leur poulain vient de reprendre la tête.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit, d'une course à laquelle se livrent quelques-uns des plus célèbres artistes dits conceptuels du moment : l'Italien Maurizio Cattelan, l'Américain Jeff Koons, l'Anglais Hirst... C'est à celui qui vendra aux enchères l'oeuvre la plus chère, oeuvre achetée par ces néo-milliardaires qui se paient pour des centaines de millions d'euros des yatchs longs comme des porte avions. Or, l'an passé, Hirst tenait la tête avec son armoire à pharmacie ("Lullaby Spring") à 19,2 millions de dollars, tandis qu'en novembre Koons vendait son coeur en ferraille rouge ("Hanging Heart") pour 23,6 millions de dollars, record absolu. A première vue, le veau dans le formol (16 millions de dollars au cours actuel) n'a pas battu le coeur pendu de Koons, sauf que l'oeuvre conceptuelle de Damien Hirst, ici, n'est pas le veau, c'est la vente elle même, « Beautiful inside my head forever », qui devient à la fois la plus grande vente aux enchères consacrée à un seul artiste qui ait été organisée dans le monde et l'oeuvre la plus chère du monde. On attend maintenant, anxieux, la réplique de Jeff Koons, en méditant cet aphorisme d'un autre compétiteur, le Belge Wim Delvoye: « En ce moment, dans le marché de l'art, il y a plus de marché que d'art”.

Dans Télérama du 24 septembre.

 

22:05 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art |  Facebook |

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