26/01/2009

Roberto Ferri

Roberto FerriUn Saint Sébastien qui a de l'allure.
Cliquez sur l'image et allez l'agrandir sur le site.

01:17 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/01/2009

Oliver Sacks

musicophilia_pb_smChouette! Un nouveau livre d'Oliver Sacks!

Visitez son site et écoutez le parler!

Le plaisir intelligent, c'est ça,le luxe....

22:12 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/01/2009

Mon Hans mon Hérisson

Pour célébrer la joie de vivre dans la candeur et ailleurs je dédie ce post à Stéphanie et Franck qui sont nés le même jour que moi.

Voici donc comment j'ai lu ce conte et ce qui a infléchi mon illustration.
Pour ceux qui prennent le train en marche, le texte et le contexte se trouvent ici

 
Cette lecture résulte d’un point de vue transpersonnel assez personnel sur le conte également compris à la lumière d’approches telles que celles d’Alice Miller et de Boris Cyrulnick. Le mot « compris » n’est pas innocent : il s’agit bien de ce que je projette sur ce que me dit le texte lequel fonctionne dès lors un peu comme un test de Rorschach (comprenne qui pourra).

Hans naît porteur d’une malédiction jetée lorsque son père a proféré un vœu inconsidéré : « Je veux un fils. Fût-il un hérisson ». Et Hans naît hérisson, autrement dit répugnant. Ses besoins de petit enfant ne sont dès lors pas honorés : pas de maternage, pas d’allaitement. On ne festoie pas autour de sa naissance.

Je n’ai pas appréhendé l’aspect de Hans comme l’image de l’enfant « différent », selon la litote communément pratiquée qui consiste à désigner ainsi toute personne affectée d’un handicap. J’y ai vu la métaphore de tout enfant qui, quoi qu’il arrive, naît non conforme au désir de ses parents. Si « bon » que soit intrinsèquement Hans, sa bonté n’apparaît pas aux yeux de ses parents, supplantée par la frustration résultant de son manque de conformité. L’aspect de Hans pointe alors le poids du désir qui pèse sur ses épaules, désir qui restera frustré parce que la tâche d’un enfant n’est pas de réaliser le projet de ses parents.

Dans la mesure où ces quelques lignes ne visent qu’à commenter ma déclinaison de l’aspect du personnage, il resterait beaucoup à dire du conte dans son ensemble et notamment de deux motifs particuliers : celui où, dans une gigantesque boucherie Hans offre son troupeau en pâture à la communauté villageoise, cette collectivité indistincte qui dicte la loi en référence à laquelle Hans a été mis au ban. Dans un geste aux résonances christiques, Hans offre donc en sacrifice à ce groupe un troupeau qui est une émanation de lui-même. Et ce deuxième moment où, débarrassé de ses oripeaux maléfiques, Hans apparaît « d’un noir de suie » et est lavé et oint par le médecin dans un rituel qui n’est pas sans évoquer le baptême, une cérémonie apparaissant d’ailleurs au début du conte.

 

On pourrait apporter quelques dimensions supplémentaires à cette lecture.

La période au cours de laquelle Hans reste perché sur son arbre tandis que le temps passe et que son troupeau grandit semble une période de latence pendant laquelle son « karma » s’accomplit : ostracisé, Hans se tient à l’écart.
Le sacrifice du troupeau scelle son passage de la passivité à l’action. A partir de là, Hans va prendre son destin en main.
Il part rejoindre les deux rois avec lesquels il a passé un contrat. Le premier de ces rois est orgueilleux, déloyal, égoïste et manipulateur. Sa fille de même (La princesse déclara que jamais elle n'eût accepté d'aller là-bas). Leurs préoccupations se situent au niveau des seuls besoins matériels (« un carrosse à six chevaux, une escorte et des serviteurs de splendide prestance, de l'or et de l'argent, des bijoux et des robes, quantité d'autres biens »). Le deuxième roi et sa fille sont humbles, loyaux et empathiques (La princesse promit de respecter le pacte de son plein gré « parce qu'elle aimait et respectait son vieux père ». A son arrivée, on fit à Hans une escorte d'honneur ; effrayée, la princesse pensa néanmoins qu’il devait avoir bon cœur et l’accueillit « avec sympathie » et l’on célébra le mariage). Ces deux rois forment une polarité dont les membres se situent chacun aux extrêmes opposés de la pyramide de Maslow.

On peut également noter que les deux seules couleurs mentionnées dans le conte sont le blanc et le noir et que les lieux où elles sont évoquées leur confèrent une valeur symbolique. 
Quand elle consent à partir avec Hans-mon-Hérisson,  la première princesse s’habille, en effet, de blanc. Une fois hors de la ville (autrement dit, hors des lieux où règnent les codes humains), il lui fait payer sa duplicité en la déshabillant, en l’écorchant et en la faisant saigner ce qui n’est pas sans évoquer le sacrifice du troupeau, l’autre lieu où le sang se répand dans le conte. Ainsi, la blancheur qui relève du paraître s’efface, une fois nommée la nature réelle de celle qui l’affiche. Il suffit donc d’oser nommer pour que la vérité se fasse jour sous le voile des apparences.
Le noir de suie qui souille la peau de Hans-mon-hérisson est tout autant affaire d’apparence puisqu’il suffit de le laver pour qu’il en soit débarrassé.
Dans ces deux cas, le contraste entre le blanc et le noir métaphorise l’évaluation de l’individu qu’opère la communauté en référence aux seules apparences.
Une fois lavé, Hans-mon-Hérisson « redevient blanc de peau, d'une beauté charmante qui procure à la princesse une grande joie ».  Il est d’une blancheur authentique qui traduit la qualité de son être. Dans ce conte par ailleurs très pauvre en adjectifs, Hans est, en effet, qualifié de « gai et plein d’entrain » et sa musique qui semble traduire sa nature réelle est à plusieurs reprises qualifiée  de « jolie », « belle » et « fort belle ». Ces adjectifs n’ont pas pour seul effet de décrire : ils traduisent la sympathie du narrateur laquelle peut également susciter  de l’émotion chez l'auditeur (le lecteur).

Le monde auquel a accédé Hans-mon-hérisson auprès du bon roi est celui de l’amour inconditionnel et de la bonté authentique qui correspondent à sa véritable nature. Pas un instant au cours de son existence, Hans ne s'est vengé de son père : au contraire, il pardonne et l'accueille à sa cour et il est bon de noter que cet acte est juste décrit : le conte évoque des actions sans nous dire comment les interpréter, opération qui est laissée à la discrétion du récepteur.
Ce qui s’affirme à travers son baptême symbolique, c’est son appartenance à une dimension où règnent le désintéressement, la gratuité, le don généreux et le sacrifice lesquels ont conduit le roi à respecter ses engagements envers « un drôle d’être » et la princesse à honorer la parole de son père et cela, quelles qu’en fussent les conséquences. 

Les qualités de cette réalité qui est celle de Hans et sa nouvelle famille correspondent aux valeurs d’une spiritualité laïque en regard de laquelle - si l’on s’en réfère à l’attitude du prêtre qui apparaît au début du conte - l’autorité spirituelle légitime fait piètre figure.
On pourrait être tenté d’effectuer un rapprochement avec l’hagiographie. Mais si les topoï du genre sont absents de ce conte, ce qui me semble manquer le plus pour que ce soit une hagiographie c’est l’absence d’évolution ou de révélation ; selon ce que je perçois, Hans est né tel qu’il apparaît à la fin : il manquait d’un contexte où manifester qui il était, comme le laisse entendre l’usage de l’expression  «  il redevint blanc de peau », expression qui n’exclut pas l’allusion à une dimension métaphysique car si Hans est né hérisson, alors, sa blancheur doit être antérieure à sa naissance. Voilà une clé pour aborder le conte du point de vue de ce que Rank a désigné comme le « numineux »  (« le sacré ») dont le propre consiste à susciter effroi et fascination, des termes qui conviennent bien pour définir le conte dans son ensemble.

Hans mon Hérisson peut apparaître comme un conte moral visant entre autres à promouvoir ces valeurs importantes que sont le pardon et la compassion. A l’exemple des « Vœux ridicules », il met également en valeur l’idée d’une parole créatrice, thème que l’on trouve présent dans les mythologies anciennes et que développeront, entre autres, les théoriciens de l’Ecole de Palo Alto.

Patricia MignoneCliquez sur l'image pour la voir en grand.
Ce tableau n'est pas fini mais il est lisible.
Le petit chou de Bruxelles qui a posé pour moi s'appelle Léon.

00:27 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/01/2009

L'empathie

Ca doit être le nom actuel de la compassion.

Image 2

18:20 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/01/2009

Jouons ! (surtout si ça vous dit)

Je termine un truc et, comme chacun sait, dans la mesure où je bosse pour deux, c’est un peu dense. Dans une semaine, je posterai la photo de ce tableau qui est une image pour un conte des Grimm : « Hans mon hérisson ».

Les contes, on sait d’où ils viennent : de très loin en nous…quant à savoir qui est ce « nous », c’est autre chose. En tout cas, ils nous parlent puisque c’est nous qui les avons conçus.

Historiquement, ils proviennent de la tradition orale qui se transmettait à la veillée en famille (vous vous rappelez qu’à une époque, les gens n’avaient ni internet, ni la TV, ni même l’électricité…) ou via le colporteur qui jouait un peu le rôle de la presse actuelle, avec une nette préférence pour le sensationnel (dont les ressorts essentiels sont le sexe, l’argent et la violence ; certes, vous êtes au courant).
descartes.1193340109Les contes traditionnels ne sont pas destinés aux enfants : ils étaient destinés à des gens qui étaient illettrés mais pas incultes. Conçus avant qu’un comique barbu n’élabore le cogito dans son poele, leur savoir répondait à une cosmologie qui liait l’existence des hommes au cycle des saisons et à la course du monde. Ils vivaient dans la pensée magique. Si certains contes témoignent de liens avec la vision chrétienne, ils portent aussi la trace d’ancrages dans un « savoir » plus diffus que certains appellent « la philosophie éternelle » et d’autres « l’inconscient collectif » lequel a amené toutes les populations du monde à se donner des récits fondateurs dont les structures et les thèmes se recoupent.

Voilà ce que je vous propose, les petits amis.
Ci-dessous, je poste le texte de « Hans mon Hérisson » dans la traduction que j’ai lue.
Je vous invite à vous laisser faire, tout simplement, et à accueillir les impressions et interprétations qui vous viennent. Faites-vous en une image mentale.
La semaine prochaine, ce n’est pas le corrigé que je posterai : je ne sais pas plus que quiconque ce qu’il faut comprendre. Je vous dirai ce que j’ai compris et vous montrerai ce que j’en ai fait... et ma version ne sera pas meilleure que la votre : ça, c’est garanti et d'ailleurs, ce n'est pas l'enjeu.
(comme je ne suis maîtresse et prof que pour mes chats et mes élèves, je ne vous demande même pas de m’envoyer votre copie).

Si ça amuse certains Bruxellois et Belges, sachez que c’est Dominique Maes qui a mis ce conte sous mon nez dans le cadre d’un atelier d’illustration auquel je participe. Dominique est également professeur à l’ERG. Il a proposé à ses étudiants de l’ERG ainsi qu’aux participants à l’atelier de concevoir 3 images pour « Hans  mon Hérisson ». A la fin de l’hiver, ça donnera une expo en un lieu encore indéterminé à Bruxelles. Je vous tiendrai au courant.


Hans mon Hérisson
    Il était une fois un paysan qui avait de l'argent et des biens en suffisance, et même plus qu'il n'en fallait ; mais aussi riche qu'il fût, il manquait pourtant quelque chose à son bonheur, car ils n'avaient, sa femme et lui, pas eu d'enfant. Il en souffrait, et comme il arrivait souvent que les autres paysans, quand il allait avec eux à la ville voisine, se moquaient de lui et lui demandaient pourquoi il n'avait toujours pas d'enfant, il finit par le prendre mal; et un jour, quand il revint chez lui, il s'emporta et dit:
    - Je veux un enfant, j'en veux un, même si ce doit être un hérisson
    Par la suite, sa femme mit au monde un enfant qui était mi-hérisson, mi-homme: le haut du corps en hérisson, le bas constitué normalement. Sa mère en fut épouvantée quand elle le vit et s'exclama:
- Là, tu vois! tu nous as jeté un mauvais sort!
    - Qu'est-ce que cela change à présent? répondit le mari. Le petit doit quand même être baptisé; mais comment trouver quelqu'un qui veuille être le parrain?
    - Hans-mon-Hérisson, ce sera le seul nom qu'on pourra lui donner, dit la femme.
    Le prêtre, après l'avoir baptisé, remarqua qu'il ne pouvait pas être couché dans un lit ordinaire, à cause de ses piquants. Ils lui firent une couche de paille derrière le fourneau, et ce fut là que le petit Hans-mon-Hérisson resta couché. Sa mère ne pouvait pas non plus lui donner le sein comme à un autre enfant, parce que ses piquants lui déchiraient la poitrine. Et Hans-mon-Hérisson resta derrière le fourneau pendant huit années de suite. Son père en était las, au point de penser: « Ah! si seulement il pouvait mourir! » Mais non, il ne mourait pas; il était toujours là, couché derrière le fourneau.
    Un jour qu'il y avait foire à la ville, le paysan décida d'y aller, et avant de partir il demanda à sa femme ce qu'elle voulait qu'il lui rapporte. « Un peu de viande, lui dit-elle, et quelques brioches; enfin, tu sais bien ce qu'il faut pour la maison.» Il fit la même question à la servante, qui voulait, elle, une paire de bas à jours et des chaussons. Enfin, il demanda aussi à Hans-mon-Hérisson ce qu'il aimerait avoir.
    - Papa, répondit-il, je voudrais que tu me rapportes une cornemuse.
    En revenant de la foire, le paysan donna à sa femme ce qu'il avait acheté pour elle: la viande et les brioches; il donna ensuite à la servante ses bas et ses pantoufles, et enfin il se pencha derrière le fourneau et donna à Hans-mon-Hérisson sa cornemuse. Et Hans-mon-Hérisson, quand il eut en mains sa cornemuse, dit à son père:
    - Papa, tu devrais maintenant aller devant la forge et m'y faire ferrer mon coq ; alors je l'enfourcherai et je m'en irai pour ne plus revenir.
    Le père, content d'être débarrassé, alla faire ferrer le coq aussitôt; quand ce fut fini, Hans-mon-Hérisson se mit à califourchon sur le coq et partit en le chevauchant, non sans emmener avec lui des cochons et des ânes qu'il voulait garder au loin, dans la forêt. Lorsque le coq et son étrange cavalier furent dans la forêt, le coq dut s'envoler avec lui au sommet d'un grand arbre et s'y tenir perché, portant toujours Hans-mon-Hérisson sur son dos, où il resta pendant des années à garder, de là-haut, ses ânes et ses cochons, dont le nombre augmentait sans cesse, et qui lui firent un grand troupeau. Pendant tout ce temps-là, son père n'entendit pas parler de lui. Installé sur son arbre, Hans soufflait dans sa cornemuse et se faisait de la musique pour se passer le temps; et sa musique était fort belle.
    Un jour, il arriva qu'un roi s'était perdu dans la forêt et s'étonna beaucoup d'entendre cette jolie musique, sans savoir d'où elle pouvait venir. Il envoya quelqu'un de sa suite en avant, pour qu'il regarde un peu d'où cela pouvait bien sortir; mais tout ce qu'il put voir, en regardant partout alentour, c'était un drôle d'animal perché tout en haut d'un arbre, quelque chose comme un coq, sur lequel un hérisson se serait mis, et qui jouait de la musique. Ayant entendu son rapport, le roi renvoya son messager lui demander pourquoi il se trouvait perché là-haut, et s'il ne pourrait pas lui indiquer le chemin qui lui permettrait de regagner son royaume. Hans-mon-Hérisson descendit alors de son arbre et déclara qu'il montrerait le chemin si le roi voulait lui promettre, et s'y engager par écrit, de lui accorder le premier être vivant qu'il rencontrerait en arrivant dans sa cour royale.
    Le roi se dit: « Je peux facilement le faire: Hans-mon-Hérisson ne pouvant pas comprendre, j'écrirai ce qu'il me plaira.» Le roi prit donc une plume et de l'encre pour écrire quelque chose, et cela fait, Hans-mon-Hérisson lui montra le bon chemin, qui lui permit de rentrer heureusement chez lui. Mais sa fille, qui l'avait aperçu de loin, fut si contente de le revoir qu'elle accourut à sa rencontre et se jeta à son cou pour l'embrasser. Le roi se ressouvint alors de Hans-mon-Hérisson, et il raconta l'aventure à sa fille et comment il avait dû donner à un étrange animal un engagement par écrit, qui lui attribuait le premier être vivant qu'il verrait en arrivant au palais; et comment cet animal était comme à cheval sur un coq, jouant une fort belle musique; mais il ajouta bien vite qu'il avait écrit le contraire, à savoir qu'il n'aurait rien ni personne, parce que ce Hans-mon-Hérisson ne savait heureusement pas lire. La princesse s'en montra ravie et déclara que, de toutes façons, jamais elle n'eût accepté d'aller là-bas.
    Hans-mon-Hérisson n'en continuait pas moins de garder ses ânes et ses cochons, toujours gai et plein d'entrain, perché sur l'arbre et se faisant de la jolie musique en soufflant dans sa cornemuse. Et puis voilà qu'un autre roi vint à passer par là avec son escorte et toute sa suite; il s'était perdu lui aussi et ne savait plus par où retourner dans son royaume, car la forêt était très, très grande. Il entendit également la belle musique de loin et envoya quelqu'un pour voir ce que cela pouvait bien être. Le messager arriva jusqu'au dessous de l'arbre et vit le coq perché et Hans-mon-Hérisson assis dessus à califourchon. Le messager du roi s'enquit de ce qu'il faisait là.
    - Je garde mes cochons et mes ânes, répondit-il. Mais vous, que désirez-vous?
    Le messager lui expliqua qu'ils étaient perdus et ne parvenaient pas à revenir dans leur royaume, à moins qu'il ne voulût bien leur indiquer le chemin. Alors Hans-mon-Hérisson descendit de son arbre et dit au vieux roi qu'il lui montrerait le chemin, à condition qu'il consentît à lui donner en propre ce qu'il verrait en premier dès qu'il serait chez lui, à la porte de son château royal.
- Oui, déclara le roi, et voici mon accord.
    Il écrivit et signa à Hans-mon-Hérisson l'engagement qu'il aurait comme sien ce que lui, le roi, aurait vu en premier devant son palais.
    La chose faite, Hans-mon-Hérisson monta son coq et chevaucha devant le roi, suivi de ses gens, pour leur montrer le chemin ; et grâce à lui ils rentrèrent heureusement dans le royaume et arrivèrent au château, où la joie fut grande après l'inquiétude. Le roi avait une fille unique qui était d'une grande beauté, et ce fut elle qui se précipita pour l'accueillir et l'embrasser, tout heureuse de son retour.
    - Mais comment se fait-il que vous soyez resté si longtemps au loin? lui demanda-t-elle.
    Le roi lui raconta qu'il s'était perdu et que, pour un peu, jamais il n'eût pu rentrer, s'il n'avait eu la chance dc rencontrer un drôle d'être, mi-hérisson mi-homme, qui chevauchait un coq perché à la pointe d'un arbre, au cour de l'immense forêt, et qui jouait une belle musique, car c'était lui qui l'avait tiré de là en lui montrant le bon chemin. Mais il ajouta qu'il avait promis à cet être sa première rencontre dans la cour du château, et qu'il le regrettait bien maintenant, car cette première personne n'était autre qu'elle-même, sa fille bien-aimée. Quel chagrin n'en avait-il pas! La princesse lui promit aussitôt qu'elle le ferait et irait de son plein gré là-bas, s'il venait la chercher, parce qu'elle aimait et respectait son vieux père.
    Pendant ce temps, Hans-mon-Hérisson gardait toujours ses cochons, et ses cochons faisaient d'autres cochons, si bien qu'il en avait un tel nombre que la grande forêt en était pleine. Hans-mon-Hérisson décida alors qu'il ne resterait plus dans la grande forêt, et il fit dire à son père qu'ils devaient tous, au village, faire place nette dans leurs écuries et leurs étables, parce qu'il arrivait avec un tel troupeau, qu'il y en aurait partout et qu'on pourrait bouchoyer autant qu'on voudrait, aussi longtemps qu'on voudrait, dans toutes les familles. Le père fut consterné de la nouvelle, car il croyait Hans-mon-Hérisson mort depuis longtemps.
    Mais Hans-mon-Hérisson monta son coq et se mit en route, poussant devant lui ses cochons jusque dans le village pour les livrer à l'abattage. Et ce fut un massacre, oh, la, la, et une tuerie et un dépeçage et une charcuterie qu'on put entendre à deux lieues à la ronde!
    Après, quand tout fut terminé, Hans-mon-Hérisson pria son père de lui ramener son coq-cheval devant la forge pour le faire ferrer une autre fois, ajoutant qu'il s'en irait alors et ne reviendrait plus jamais. Le père alla faire ferrer le coq, se réjouissant à la pensée qu'il ne reverrait plus Hans-mon-Hérisson de sa vie.
    A cheval sur son coq, Hans-mon-Hérisson se rendit dans le premier royaume; mais le roi avait ordonné à ses troupes de tirer à vue sur celui qui viendrait en chevauchant un coq et qui aurait une cornemuse : de tirer et de frapper dessus, de le blesser et de l'abattre, afin qu'il n'arrive pas jusqu'au palais. Lors donc que les gardes le virent apparaître sur son coq, ils croisèrent devant lui leurs baïonnettes pour lui barrer le passage, mais Hans-mon-Hérisson éperonna son coq qui s'envola par-dessus leurs têtes et franchit le portail, pour entrer dans le château par une fenêtre. Hans-mon-Hérisson descendit de sa monture et alla tout droit réclamer au roi ce qu'il lui avait promis, faute de quoi il les tuerait, lui et sa fille. Le roi usa
alors de belles et nombreuses paroles pour persuader sa fille de le suivre, car ainsi elle sauverait leurs deux vies, et ils n'avaient pas le choix!
    Elle alla s'habiller de blanc, et son père lui donna un carrosse à six chevaux, une escorte et des serviteurs de splendide prestance, de l'or et de l'argent, des bijoux et des robes, quantité d'autres biens. Elle monta dans le carrosse et Hans-mon-Hérisson, toujours à cheval sur son coq et tenant sa cornemuse, monta à côté d'elle; ils prirent congé du roi qui pensait ne plus les revoir, et s'en allèrent. Mais quand ils furent à quelque distance de la ville, Hans-mon-Hérisson déshabilla la princesse et l'écorcha un peu partout avec ses piquants, en la faisant saigner des pieds à la tête.
    - Cela, lui dit-il, c'est votre récompense pour la duplicité dont vous avez fait preuve. Et maintenant, va-t'en: je ne veux pas de toi!
    Il la chassa honteusement, dans l'état où elle se trouvait; et ce fut ainsi qu'elle dût regagner le palais, humiliée et confuse pour le restant de ses jours.
    Sa cornemuse sous le bras et chevauchant son coq, Hans-mon-Hérisson se rendit alors au royaume du second roi auquel il avait indiqué son chemin. Mais là, les ordres du roi étaient que si quelqu'un venait à cheval sur un coq, fait comme l'était Hans-mon-Hérisson, l'armée et les gardes devaient lui présenter les armes, l'accueillir avec des vivats et lui faire une escorte d'honneur jusque dans la cour du château. Il arriva donc dans ces conditions; mais lorsque la belle princesse le vit, elle en fut effrayée, car elle ne s'attendait pas à lui voir un extérieur aussi fantastique; néanmoins, elle se dit que puisqu'il était comme cela, il n'était pas autrement; et elle se rappela qu'elle avait donné sa promesse à son père. « Au surplus, se disait-elle, il a sauvé mon père et n'a sûrement pas un mauvais coeur.» Toujours est-il qu'elle accueillit Hans-mon-Hérisson avec sympathie, et que le mariage fut célébré. Le nouvel époux dut prendre place à la table royale, et sa jeune femme était à côté de lui pour le festin. Le soir venu, quand il fut temps pour eux d'aller dormir, elle se sentit inquiète, redoutant l'effet de ses piquants; mais il la rassura en lui disant qu'elle n'avait rien à craindre et qu'il ne lui ferait aucun mal; puis il demanda au roi, son père, de poster quatre hommes de garde devant la porte de leur chambre, avec mission d'entretenir un bon feu dans la cheminée. Il expliqua que lorsqu'il irait au lit, il quitterait sa peau de hérisson et la laisserait par terre au pied du lit: il fallait alors que les gardes accourent pour s'en saisir, et qu'ils la jettent immédiatement dans le feu, devant lequel ils devraient veiller jusqu'à ce que la peau fût entièrement consumée.
    Quand la cloche sonna onze coups, le jeune époux pénétra dans la chambre nuptiale, se défit de sa peau de hérisson et la jeta au pied du lit; les gardes accoururent, s'en emparèrent vivement et la précipitèrent dans le feu ardent, devant lequel ils restèrent jusqu'à ce qu'elle fût entièrement dévorée par les flammes. Et quand cette peau de hérisson fut consumée entièrement, il se trouva lui-même délivré de cet enchantement, et il put s'étendre dans le lit avec le corps d'un être humain parfaitement constitué, avec cette seule différence, toutefois, qu'il était complètement noir, d'un noir de suie. Mais le roi lui envoya son médecin qui le lava et le frotta avec des onguents et des baumes, si bien qu'il redevint blanc de peau comme tout le monde et fut, dès lors, un jeune homme d'une beauté charmante. Et quelle grande joie pour la princesse que le voir fait comme cela! Quand ils se levèrent, le lendemain matin, ils étaient heureux l'un et l'autre; ils mangèrent et ils burent, et le mariage fut célébré en grande pompe, cette fois très officiellement, faisant de Hans-mon-Hérisson l'héritier légitime du royaume.
    Des années passèrent, puis un jour il partit en voyage avec son épouse et se rendit auprès de son père, auquel il dit qu'il était son fils. Le paysan lui répondit qu'il n'avait pas de fils, ou plutôt qu'il en avait eu un, qui était né avec la peau d'un hérisson, tout couvert de piquants sur la moitié du corps, et que ce fils s'en était allé de par le monde pour ne jamais revenir. Hans se fit reconnaître vraiment, et son vieux père fut heureux que ce fût là son fils, puis il s'en retourna avec lui dans son royaume.
Ici mon conte se termine
Pour s'en aller chez Augustine

14:24 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/01/2009

Ce matin

le jardinMinuit Chrétien a découvert la neige.
Elle s'en est mis trois fois sur le museau avant de comprendre que ça la faisait éternuer.

15:56 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/01/2009

L’arcane du 1er janvier

a0tmt_h335Le Mat nous amène dans nos contradictions les plus profondes. Il se promène dans une unité comprise lui ouvrant un nouveau champ de conscience. (...)

Le Mat se situe en dehors des références et sort des conditionnements de la pensée. Sans règle ni loi, il est hors structure, hors temps et n'a pas la même réalité, à mi-chemin entre sagesse et folie.
Ce voyageur sans bagage est toujours en partance. Il est un dissident, séparé de toute communauté. Ce qu'il a gagné en lucidité, il l'a perdu en sociabilité.
Il ose s'affirmer et affirmer sa différence.
Il est considéré comme l'idiot possédant la sagesse (de même valeur numérique en hébreu).
Il est capable, après avoir parcouru cette voie, de revenir au point de départ. C'est un aventurier, un original qui écoute sa musique intérieure, celle de ses origines divines.
Il devient sujet de sa vie en acceptant d'aller vers l'inconnu.
Il récolte l'expérience des 21 étapes antérieures et peut se remettre en question.
Il ose quitter toutes formes de perfection pour entrer dans la spirale évolutive.
Se libérant de l'ego, il met son être conscient au service des lois universelles. Il vit une véritable libération intérieure et répète à qui veut l'entendre que « par le non-agir, il n'est rien que l'on ne puisse faire ». Il laisse entièrement le choix au divin.
Il se moque du monde des apparences et reste dans l'essentiel. Avec son expérience pour seul bagage et poussé par son instinct, il va de l'avant et se trouve toujours à la bonne place. Il est dans l'illumination consciente, dans « la lumière de vie ».
«De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou.»
«On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter. »
«Fou pour les hommes, sage pour les Dieux. » « Sembler fou est le secret des sages. »

La difficulté est de le caractériser, ainsi il a échappé à toutes terminologies conflictuelles car il est toujours là où on ne l'attend pas.
Le Mat donne la voie directe et représente le passeur au bout du chemin.

Le Mat dans la version restaurée de Camoin et Jodorowski
Le texte est issu des "22 Etincelles de Vie" de Gérard Athias.

21:58 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/01/2009

On y va?

"Ellis Island" de Georges Perec et Robert Bober. J’ai évoqué le livre ici il y a un an.

La Médiathèque exhume le film dont ce document est la trace et le présente prochainement.

Ellis_island(1)Voici comment Pierre Hemptinne en parle :
« Désormais monument national, Ellis Island est un îlot de quatorze hectares, situé à quelques encablures de la pointe sud de Manhattan. A partir de 1892, il fut le passage obligé de la grande majorité des candidats à l'immigration aux Etats-Unis - c'est-à-dire tous ceux qui, "chassés de leur pays natal par la misère, la famine, l'oppression politique, religieuse ou raciale", avaient cédé aux chimères du rêve américain. En 1924, seize millions de personnes en provenance d'Europe avaient transité par le Centre d'immigration d'Ellis Island, plus de trente millions à sa fermeture en 1954 et, à l'heure actuelle, 40% des Américains comptent, parmi leurs ascendants directs, au moins l'une d'entre elles.
En 1978, Robert Bober et Georges Perec ont voulu restituer ce que fut Ellis Island - c'est-à-dire, pour Perec, "le lieu même de l'exil, le lieu de l'absence de lieu, le non-lieu, le nulle part". Ils sont allés sur place, films ce qui restait de cette "Porte d'or" que les immigrants avaient surnommée "L'île aux larmes", et recueillir les témoignages d'une douzaine de ceux qui, enfants, étaient passés par là. Mais ils voulaient également comprendre en quoi et pourquoi ils se sentaient tous deux aussi directement concernés. Ainsi, au-delà d'Ellis Island, ces "récits" sont une formidable réflexion, sur l'exil d'abord, avec sa part d'errance mais d'espoir aussi. Et sur la puissance symbolique des lieux de mémoire, par opposition au faible pouvoir de suggestion des objets livrés à eux-mêmes ».

Vendredi 30 janvier – 19h30 – Médiathèque du Passage 44.
Une présentation de Philippe Delvosalle qui fut programmateur au Musée du cinéma.

12:19 Écrit par Patricia Mignone dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |